dimanche 17 avril 2016

BIFFF 2016 (Brussels International Fantastic Film Festival), 34ème édition

  • Veteran (Ryoo Seung-wan)
Polar coréen (très) orienté action, électrisé par une mise en scène dynamique (ralentis soulignant des bagarres pleine d’intensité, transitions « clippesques » entre plans, hélas –comme souvent- abandonnées en cours de métrage), Veteran se pose un peu en contre-pied rafraichissant des neo-polars (post 2000) sordides et torturés, en provenance du pays du Matin Calme… dans 90% desquels en gros, tout le monde cane à la fin, héros y compris ! [SPOILER ALERT OFF ;D /]
Le film suit donc les aventures d’un jeune flic prometteur un peu chien fou, aux méthodes plus orientées pieds/poings/barres de fer que mandat de perquisition –mais toujours souriant, l’amour du métier c’est important– qui va se trouver très affecté par le suicide d’un pauvre employé d’une grande compagnie de transports avec lequel il s’était lié d’amitié lors d’une enquête sur son big boss. Ce dernier étant un fils à papa aussi siphonné que blindé de thune et… grand adepte de MMA (pas de chance, quand même!), qui ne serait pas blanc comme neige dans cette affaire que ça ne serait pas étonnant… Mais naturellement, sa hiérarchie s’opposera à son enquête sur ces bandits en col blanc et au bras long.

Les bons
Les bons

Les mauvais

L’intrigue est prenante, les personnages hauts en couleurs et le réalisateur gère plutôt adroitement l’équilibre humour de situation / gravité (pas étonnant, puisqu’il a prouvé être capable de jongler entre actionner avec The city of violence, comme le polar orienté politique avec The Unjust… D’ailleurs, Wikipedia m’apprend qu’il est le frère de l’acteur Ryoo Seung-bum (Sympathy for Mr. Vengeance ou encore Doomsday Book, chroniqué en ces pages) ; je vous balance l’info comme ça, c’est cadeau), entre des scènes de bagarre à la fois pêchues et amusantes –où règne à l’écran le fameux « bordel à la coréenne » qu’on aime tant !– et une vraie dénonciation de la corruption des hommes de pouvoir, qui se croient au-dessus des lois.

M2M


  • Kryptonita (Nicanor Loreti)
L’histoire se passe la nuit dans un hôpital argentin (éclairé façon planque à héroïne moldave) où l’on suit les mésaventures d’un docteur de garde passablement au bout du rouleau –une sorte de Robert Downey Jr sud américain, qui à aucun moment ne se départira de son air hagard et ne fera que subir les évènements sans réagir– dont la relative tranquillité va être troublée par l’arrivée d’un gang haut en couleurs et fort en gueules, lourdement armés, venus faire retaper leur leader, grièvement blessé par balle. Vu la discrétion de ces braves gens et les cadavres semés derrière eux, les forces de l’ordre ne tardent pas à débouler et assiéger l’hôpital. Or, il convient de préciser que chaque membre du gang est, heu… une sorte de version pervertie (et cheap) d’un Super Héros de l’univers DC Comics ! On a du Green Lantern, Flash, WonderTrans’ pardon, WonderWoman, Batman, etc. … à vrai dire, je n’ai pas identifié les autres (la meuf au shotgun, si c’est Harley Queen, et ben c’est raté) qui par ailleurs, ne semblent être là que pour faire du remplissage. Le leader entre la vie et la mort n’étant nul autre que le célèbre Superman (en version… hindoue?!), salement kryptonité. Diantre, vous croyez qu’y a un rapport avec le titre ???
Le gang des Brasquasseurs
Un concept de base amusant qu’il ne faut probablement pas chercher à expliciter. Pas plus que la raison pour laquelle le Joker (ou son avatar, donc) fait lui, partie des forces de l’Ordre ; sans doute pour aller jusqu’au bout de la logique d’inversion des rôles.
J’en viens au gros point noir de ce film, au postulat si décalé : c’est qu’il est chiant. Ce qui est tout de même un comble… La faute en serait-elle imputable à un budget riquiqui (on est d’accord que ça n’est pas une raison suffisante), qui compense la rareté de ses séquences d’actions par d’interminables tunnels de dialogues en champ/contre-champ, couplée à une intrigue poussive, tendance soporifique. Par exemple, l’arrivée du Batman de service, aussi spectaculaire qu’inconséquente, a dû à elle seule engloutir la moitié du budget, pour 10s à l’écran.
De plus, les protagonistes au final réellement antipathiques (alors qu’on est censé prendre fait et cause pour leur combat : celui de sauver leur ami) et l’apathie du Dr Bulot (qui bon sang, ne fera réellement RIEN de tout film) rendent très difficile l’identification à qui que ce soit dans ce triste spectacle.
Un rendez-vous raté avec une proposition de bon gros bis argentin, pourtant a priori alléchante.

M2M


  • Patchwork (Tyler MacIntyre)
Relecture (très) moderne et (très très) libre du mythe de la créature de Frankenstein (en l’occurrence, plutôt de celle de Frankenhooker !), cette sympathique petite bande nous fait faire la connaissance de 3 demoiselles (la brune psychorigide, la blonde croqueuse d’hommes et la rouquine mal dans sa peau, ce qui tombe bien… vous me suivez ?) à la vie sociale –et sentimentale– pour le moins compliquée, s’étant respectivement trouvées au mauvais bar, la mauvaise soirée et… réveillée (non, il n’y a pas de faute : pas de « s ») comme une seule personne, par le truchement de quelques agrafes bien placées, un sale goût de sérum dans les veines qu’un certain Dr Herbert West n’aurait pas renié.
La bonne idée du film est de ne pas trop s’étendre sur la phase « pré-opération » mais de rentrer rapidement dans le vif du sujet : la créature s’offre en effet à nous au bout de 5 minutes à peine. Et quelle créature ! Interprétée avec conviction par la méconnaissable Tory Stolper (l’ex brune psychorigide), cet agrégat de chair englobe les personnalités de ses 3 infortunées occupantes, qui peuvent –littéralement– communiquer entre-elles, les actions de la créature étant la résultante de leur triple volonté… On vous laisse imaginer le tableau, en cas de désaccord.
Ce soir je serai la plus belle pour aller choper (anglicisme)
Nous suivrons alors la quête vengeresse et maladroite de cette dernière, sur un mode plutôt léger et réjouissant : celle de retrouver le responsable de leur sort et lui faire payer pour ses expérimentations au prix fort, en remontant pour cela la piste de tous les losers -et il y en a eu un paquet, flashbacks à l’appui- ayant eu le malheur de croiser leurs routes (il faut bien un « s », cette fois) la veille au soir, quitte à faire un peu d’épuration à l’arme contondante au passage.
Ajoutez à cela un petit twist à mi-parcours qui relance agréablement l’intrigue et un final Grand Guignolesque en diable, et vous la tenez, votre petite série B tout à fait recommandable !

M2M


  • Ghost Theater (Hideo Nakata)
Un bon vieux film de J-Horror à l’ancienne, ça vous tente ?
Le genre n’étant plus vraiment tout neuf, ni vraiment sur le devant de la scène depuis un moment maintenant, on assiste ici à un retour aux affaires pures et dures pour Hideo Nakata ; pas vraiment le premier venu en la matière puisqu’il est celui qui a mis les films de spectres tremblotants aux longs cheveux sales en orbite à l’aube des années 2000 avec la séminale trilogie Ring.
Histoire somme toute archi-classique d’un objet hanté (en l’occurrence, une poupée grandeur nature au visage relativement réaliste, donc relativement flippante) servant d’accessoire de mise en scène théâtrale dans une relecture moderne du mythe d’Erzsébet Báthory, la comtesse hongroise facétieuse, avec la tentative louable d’y injecter des éléments typiques de giallo : non seulement par le cadre de l’histoire (les coulisses d’un grand et élégant théâtre, aux atours baroques) mais également graphiques, via l’emploi de cartons colorés (verts, rouges) employés comme décors, soulignant certaines scènes d’angoisse…

Et ben, ça remplit plus les salles, les fantômes!
Las, le manque flagrant de rythme vient qui plomber de nombreuses scènes et l’absence de surprise au sein d’un scénario ultra prévisible finissent par plonger le spectateur dans l’apathie. La majorité des meurtres se déroulant hors-champ (une constante du genre) ne réjouira même pas les amateurs d’horreur graphique, bien que l’idée de donner aux victimes un aspect cireux de mannequin était intéressante… Quant à la boogeywoman en question, si ses premières apparitions se limitent à quelques inserts de pantin mécanique en mouvement plutôt efficaces, elle se mue au fil du métrage en une « Sadako-like » bien humaine et fort convenue, ses victimes se trouvant intégralement figées d’un air stupide en attendant leur mise à mort, atomisant toute possibilité d’empathie envers elles.
Bref, à conseiller uniquement aux fans hardcore de J-Horror ou aux profanes du genre.

M2M


  • What we become (Bo Mikkelsen)
Petit zombie flick sans prétention, en provenance de la patrie du Stimorol et des frangins flippants Mads & Lars (aucun lien avec le réal, qui au passage signe là son premier film), ce dernier prend le pari de renouveler le genre en…
Attendez : non ! Ce film renouvelle que dalle.
Il narre une infestation de Z. du point de vue local de quelques familles voisines d’un petit pavillon, en mode parano et Breaking Niouzes « Sortez pas de chez vous. Et mâchez danois. ». D’ailleurs, avant d’aller plus loin, on va enclencher le compteur à passages obligés :
-          l’ado vaguement bellâtre en guise de héros, possédant (mais alors vraiment) une seule expression à son arsenal d’acteur : check,
-          sa petite love interest, qu’il connait à peine mais devra secourir en dépit de tout bon sens parce que c’est beau l’amuuur : check,
-          le personnage secondaire mordu qui mettra tout le film à muter en morve vivante là où il faut 30 secondes à un figurant normal : check,
-          l’armée façon Umbrella Corp. qui déboule avec masques à gaz, bâche les maisons et répond pas aux questions pour se donner un genre : check, check, check !…
En résumé, on tourne en rond entre le salon et la chambre à coucher, avec en plus de ça, une gestion du temps complètement aux fraises...
Ceci est ce qu'on appelle un foutu spoiler, mais bon comme c'est sur l'affiche du film, apparemment on s’en tape !...
Ça ne s’énerve que dans le dernier quart d’heure, où quelques coups de feu sont tirés (c’est pas non plus l’Apocalypse à l’écran et c’est plutôt timidement gore), ce qui fait que malgré une durée d’1h20, ce film réussit à faire trouver le temps long. Balèze.
Bref, à conseiller uniquement aux fans hardcore de Zombies ou aux profanes du genre… cette phrase m’étant je ne sais pas pourquoi, curieusement familière.

M2M


  • Daemonium - Underworld Soldier (Pablo Parés)
Alors là, attention : ce film est tout simplement FOU !
Dernier bébé en date de Pablo Parés, véritable amoureux du cinoche déviant et orienté système D en provenance d’Argentine, auteur d’une foultitude de courts puis de longs généreux en gore depuis le début des années 90 (la saga Plagua Mutante, c’est lui) : ce dernier avouait précisément qu’avec ses collaborateurs au long court, le but était de tourner le plus possible, à tout prix.
Grand bien lui en a fait car le résultat n’est certes pas du Sergueï Eisenstein (c’est d’ailleurs pas le but), mais l’expérience parle clairement en matière de plaisir filmique.
C’est bien simple : jamais je n’ai eu autant l’impression d’être plongé dans un récit de hard-fantasy/SF tout droit tiré des pages d’un Métal Hurlant !
L’histoire se passe Dieu sait où (et quand), sur une sorte de planète Terre dévastée, à la fois moderne et décadente, où s’affrontent en vrac Démons et autres Anges déchus, mercenaires hi-tech versus cyborgs en mode écolières qui prennent des poses, sorciers roublards, vieux barbouzes catcheurs et autres aliens belliqueux en tout genre… !!!
Celui par qui la memerde arrive...
 Et autant vous prévenir – car ça en a manifestement laissé plus d’un sur le carreau : on est plongé brutalement dans l’histoire, sans la moindre explication ni carton introductif, ce qui fait que si le spectacle est immédiat, on rame un peu à raccrocher les wagons et saisir les enjeux en début de métrage. Il s’agit d’un univers avec SES règles – c’est un peu à prendre ou à laisser- qui prendront corps par la suite à mesure que ce dégagera la trame.
Par exemple : en s’adressant à un Démon, mieux vaut éviter de croiser son regard ou de répéter 2 fois le même mot dans la une phrase, sous peine de finir en compote sanguinolente. Ou encore, un mage est finalement un simple humain, mais s’il entre en possession d’un jeu de tarots complet, il acquiert la faculté de se téléporter à volonté. Et il y en des ramées, comme ça.

Et dites vous que ces braves gens apparaissent environ 2 minutes à l'écran... & que c'est comme ça tout le long!
Il convient de s’abandonner à ce déferlement d’images folles, généreuses, jouissives, car le spectacle est non-stop, regorge d’idées et vaut bien mieux que le concours de cosplay filmé que laissait présager son inquiétante bande-annonce. En effet, la direction artistique est énorme (et, la production value également car j’imagine qu’ils n’ont pas dû bénéficier du quart du budget Budweiser du dernier Transformers), chaque costume claque et bénéficie d'un soin véritable, certains extérieurs chient la classe et sont super bien utilisés (même si l’on compte néanmoins beaucoup d’entrepôts désaffectés), les acteurs ont de tous de vraies gueules et sont impliqués à l’écran et même les CGI sont utilisés plutôt intelligemment (point trop n’en faut, pour éviter de verser dans le cheap).
Double gun, double fun!
Quant à l’histoire, elle tient parfaitement la route, avec son récit de pacte Faustien, trahisons et conflit entre humains et Anges renégats, ce qui fait que les 2 heures passent comme une lettre à la poste.
Je me rends compte que je suis dithyrambique sur ce film, mais j’ai réellement envie de le défendre, eu égard au pied qu’il m’a fait prendre.
Daemonium est une putain de Série B ambitieuse et réjouissante et le sieur Parés, un réal à suivre…
Un film parfait pour le BIFFF.

M2M

1 commentaire:

  1. Bin mon cochon, c'est pas si mal écrit finalement.
    La frankenchick et les joyeusetés asiatiques ont l'air très intéressantes.

    Je me demande toujours pourquoi, en dix ans, tu n'as JAMAIS posté une seule vidéo-analyse sur un de tes nanards préférés. La porte s'est refermée depuis, tout (et n'importe quoi) ayant été "riviouvé" depuis...Mais bon, heureux que "advienne que pourrave" ait existé.

    Salutations

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