mercredi 3 février 2016

Virgil, de Mabrouk El Mechri (2005)



Retour sur une pépite méconnue du Cinéma, recommandé par la rédaction de AdQuePour, à (re)découvrir d’urgence !

Nous abordons aujourd’hui le film Virgil, premier long-métrage de Mabrouk El Mechri, sorti (dans une jolie indifférence) en 2005. Film atypique, on pourrait le qualifier de comédie romantique emprunte de réalité sociale… sur le thème de la boxe !

Virgil, petite frappe sans lendemain, va toutes les semaines en prison rendre visite à son père. Ancien passionné de boxe, ce dernier attend avec impatience les visites de son fils, qui lui narre ses derniers succès sur le ring. En chemin, il croise régulièrement la route de Margot -rendant elle-même visite à son propre père- et dont Virgil va désespérément tenter d’attirer l’attention. Un jour, son père lui apprend qu’il va bénéficier d’une remise de peine et va sous peu enfin pouvoir assister en direct à un combat de son fils. Le problème est que Virgil a raccroché les gants depuis maintenant 3 ans…




 Le film, malgré ses moyens limités (souvent astucieusement transcendés : le film bénéficie d’une identité visuelle dont nombre de productions hexagonales plus aisées devraient suivre l’exemple), respire l’amour du cinoche hexagonal à l’ancienne. Prenant le genre du film de boxe pour toile de fond, il n’est absolument pas besoin d’en être un connaisseur pour se laisser charmer par la véracité avec laquelle sont retranscrits les entrainements, les conseils du coach, les victoires, les défaites. On frôle par moments l’hommage aux films « à la Audiard », avec des répliques qui font mouche, voire même au Film Noir, lors du flash-back introductif. Rien de passéiste toutefois, l’écart générationnel étant assumé avec bienveillance ; voir quand de vieilles reliques en remontrent avec humour à la jeune génération.

Le film traite par ailleurs sa romance avec âpreté, loin des clichés de la « romcom », notamment par le cadre de l’histoire : entre parloir miteux et kébab de quartier, fief de son antihéros éponyme et ses acolytes, le tout verrouillé par du béton bien crasseux.

Dans le rôle titre, Jalil Lespert prête à merveille ses traits de grand dadais amoureux un peu gauche, face à une Léa Drucker touchante, en girl next door peu gâtée par la vie. Impossible également de ne pas mentionner les seconds rôles croustillants, tels le regretté Jean-Pierre Cassel et Philippe Nahon, qui s’en donnent à cœur joie en vieux briscards incarcérés, maniant avec bonheur une gouaille d’un autre temps (enfin, surtout un des deux!).

Hélas, faute à une faible couverture médiatique (pas de « star », sujet peu accrocheur, réal inconnu), le film peina à trouver son public. Malgré cela, Mabrouk El Mechri parviendra à monter 3 ans plus tard le déroutant JCVD, avec l’(ancienne) gloire bruxelloise des films de frappe dans son propre rôle ; film ayant ô combien divisé les spectateurs, tant son approche prend le fan comme le profane de Mister « Muscles from Bruxelles » à contre-pied (voir ce mémorable monologue où l’acteur, face caméra, se livre comme jamais). Suivra un passage éclair et oubliable à Hollywood (où il a dirigé un Bruce Willis au bout du rouleau, ainsi que le futur « Man of steel » Henry Cavill dans Sans Issue), il se tournera vers la télé, avec la série Maison Close.
On attend la transformation de cet essai et une consécration bien méritée.

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