lundi 27 avril 2015

Brussels International Fantastic Film Festival, 33ème édition

Un des plaisirs du BIFFF depuis qu'il est au Bozar, c'est sa trompeuse discrétion depuis le hall d'entrée. Des affiches de concerts ou d'expos, la cinémathèque, des flyers de tout type : le Bozar sous son jour habituel.

Puis, en une courte volée de marches, la descente rapide au caveau : la faune hululante et les vapeurs de trolls (pas uniquement la bière...) se jettent sur nous.

L'autre plaisir du BIFFF, pour un festival de films de genre, est la diversité de la foule. Toute la gamme de 20 à 50 ans, hommes comme femmes, des dreadlocks, des types qui ressemblent à des commis de banque fatigués, des couples énamourés, des bordées d'amis tanguant d'une salle à l'autre, quelques élégantes. Et quelques zombies. Et bien sûr Rémy...

Pour l'ouverture du festival, chaos, cacophonie et file d'attente distendue comme un intestin peu frais. Dans la salle Henri Lebœuf, qui en vit d'autres, l'accueil est assuré par un ersatz d'Indiana Jones nous présentant ses trophées : une succession de monstres. Peu attentif, il finira piétiné par un troll mal embouché, ses cris couverts par le ricanement d'un Gremlin.

Ce dernier n'est que le prétexte pour introduire Joe Dante. Il est aussitôt intronisé Chevalier de l'Ordre du Corbeau, sous les vivats de la foule. Puis les applaudissements s'éteignent, l'obscurité se fait. L'image se forme sur la toile : deux semaines de terreur, d'émerveillement, d'émotions.

33ème BIFFF : WEEELCCOME! 


1. Burying the ex (Joe Dante) 
Lorsque la jalouse, insupportable et exagérément écolo petite amie de Max ne mange plus les pissenlits qu'en salade mais aussi par la racine, il est temps pour lui de renouer avec une charmante geekette. Mais les vœux d'amour éternel font battre même les cœurs morts...

Comédie romanticorrifique légère, inspirée d'un court métrage, elle manque peut être de quelques lignes de script pour tenir le rythme sur la durée. Néanmoins le film reste un agréable passe-temps, respectant les codes de ses genres respectifs.

La brune piquante, la blonde capricieuse, le sidekick comique et courageux. Mais aussi des tripes, du vomi, des malédictions. Et quelques scènes franchement drôles, telle que l'ex zombifiée, s'assouplissant par quelques exercices de yoga, avec forces craquements et couinements de muscles et de tendons, rigor mortis oblige.

Embrasse-moi, grand fou

Au final, un divertissement un rien trop innocent et convenu pour le thème mais réussi dans les limites qu'il semble s'être choisies.

2. True Love Ways (Mathieu Seiler) 
D'après le réalisateur et le producteur, ce film prit 10 ans pour être écrit. Il est alors difficile de dire si le résultat, déroutant mais pas décevant, est le fruit d'une volonté manifeste ou d'envies successives lors d'un long développement.

Sur l'aspect visuel, le film jouit d'un noir et blanc élégant, avec un grain de l'image très fin. Des plans, soignés, au plus près des visages ou très larges, qui étouffent ou respirent. Un montage sans précipitation, adapté au propos.

De Baudelaire à Poe : passer du spleen romantique à la sanglante maison Usher

Passées les 15 premières minutes sur le mode "je t'aime, moi non plus", peut être parodique de la "nouvelle vague", s'ensuivent des saynètes aux ambiances diverses.

Une scène hitchcockienne de poursuite en forêt, en voiture. Un snuff movie. Une partie de cache-cache burlesque dans un manoir, en haut talons. Une séquence "rape and revenge" ou plutôt "rapt and revenge" pour finir sur un twist final.

Au final, un OFNI intrigant à la grammaire maîtrisée mais dont on peine à comprendre la syntaxe. Symbolique ou foutraque?

3. Spring (Justin Benson & Aaron Moorhead) 
Après la mort de sa mère et la perte de son boulot, Evan, jeune américain, tente de retrouver un peu de joie de vivre sous le soleil italien (couleurs brûlées tout le long du film).

A Bari (magnifique ville!), il rencontre rapidement Louise, charmante et intrigante. Bien que leurs cœurs les poussent l'un vers l'autre, la jeune femme est moins prompte à se lancer dans la relation. Effectivement, à l'insu de son compagnon, son état de santé, son régime alimentaire, son passé et ses activités nocturnes sont peu compatibles avec une vie de couple bien réglée...
T'es à croquer, bébé

L'amour pour aller au delà des différences, thème classique. Il est traité ici sous plusieurs formes : amour filial, de la terre, éternel, amical, passionnel, véritable. Ce qui aurait pu être un film de monstre bancal se révèle être une romance douce-amère, sur ce qu'il convient de faire avec le temps qui nous est imparti (dixit Gandalf).

Un rien verbeux dans le dernier tiers, sans rien enlever à son inattendu mais maîtrisé tempo. Touchant, attachant, rafraîchissant!

4. Zombie fight club (Joe Chien) 
Une séance de minuit avec un titre pareil, à priori, ça ne se loupe pas! Le réalisateur avait déjà sévi au BIFFF avec Zombie 108 et avoue ne faire des films que pour revenir se faire acclamer (et chanter) au festival.

Tout cela commence sous d'assez bons auspices, avec le début d'une infection zombie dans un bloc d'immeuble où s'affrontent mafieux et flics véreux. Le gore grand guignol, les combats chorégraphiés et les bimbos assurent le spectacle, régressif mais réussi, avec énergie.

Mais quid de la partie fight club? Dans la deuxième moitié de la pellicule, ce qu'il reste de l'humanité est sous la coupe d'un despote qui, pour se distraire, organise des combats entre prisonniers humains et zombies.

Le film est alors en roue libre, complaisant : meurtres, viols, mises à mort en mode premier degré, sans le fun transgressif de la première partie. Même le public du BIFFF, pas bégueule mais tout de même amateur de bonne péloche, s'est lassé, sombrant dans le sommeil. Loin d'être incontournable. 

5. Haemoo (Shim Sung-Bo) 
Voici un vilain bon petit huis-clos coréen, qui sent mauvais la cale renfermée et les bas-instincts humains! Un capitaine de bateau de pêche s'abaisse à accepter de faire de la contrebande pour sauver son bateau, son équipage et son indépendance.

En guise de fausses montres plaquées or, il se retrouve à embarquer quelques dizaines de clandestins sino-coréens. Si le stress et l'exigüité ne sont déjà pas propices à la sérénité du bord, c'est un accident technique qui déclenche l'horreur, sous la direction d'un capitaine sans scrupules.
On est pas bien là? A la fraiche

Entre lâcheté ("je ne fais que suivre les ordres") et frustrations ("A mon tour d'avoir la fille"), il y a bien peu d'humanité sur ce rafiot. Seule un mousse tentera de rester lui-même, en protégeant une jolie clandestine.

Tiré d'une pièce de théâtre, elle-même inspirée de faits réels, ce huis-clos conserve de ses origines les traditionnelles unités de temps, de lieu et d'action et une désespérance bien commune aux faits divers les plus glauques. Le tout servi sous une épaisse couche de brume et un grain de la pellicule grossier, pour un résultat au développement lent, mais prenant. Une réussite!

6. Automata (Gabe Ibanez) 
Un univers post-apo visuellement bien rendu dans une veine cyberpunk pour les milieux urbains, wasteland façon Fallout (le jeu vidéo) en extérieur.

Décimée par des catastrophes climatiques, le peu d'humanité restante se repose sur des androïdes pour se protéger du désert qui progresse incoerciblement. Les murs qu'ils bâtissent servent aussi, évidemment, à séparer les derniers privilégiés des derniers parias.

Notre héros, agent d'assurance au sein de la société conceptrice des robots, investigue sur quelques unités défaillantes. Je vous le donne en mille, elles sont bien entendues devenues conscientes. Et ce malgré les deux (deux?) lois de la robotique. S'ensuivent quelques péripéties assez convenues entre le héros qui aide avec réticence des robots en fuite et des mercenaires mandatés par l'entreprise pour étouffer l'affaire.
T'as de beaux yeux, tu sais

 Sur le même thème, le récent "Chappie" est plus émouvant, "The machine", présenté au BIFFF l'an dernier, plus profond. En définitive, pas un mauvais film, mais un film tiède, bien que visuellement réussi.

7. The white haired witch of lunar kindgdom (Jacob Cheung Chi Leung) 
Et voici la superprod' chinoise de rigueur. Tout y est : figurants en nombre, costumes parfaits, intrigues de palais, trahisons, amour, sacrifice, moine-chevalier, brigands valeureux et jolie sorcière éponyme du film.

Le tout se déroule sans réelle surprise mais se regarde sans déplaisir. On peut remarquer et regretter l'absence de confrontations d'armées, voire même de petites escarmouches, ainsi que les combats principalement composés d'inserts au ralenti (épée volant au milieu des plis d'une robe, etc.).
La pooooorte!

Tiré d'une légende bien connue en Chine, le film se permet quelques ellipses déroutantes pour le profane. L'ensemble reste distrayant, sans l'étincelle d'un "Tigre et dragon" ou l'esthétisme d'un "Hero".

8. Turbo Kid (François Simard, Anouk Whissell, Yoann-Karl Whissell) 
Une des excellentes découvertes du BIFFF de cette année, une rafale de rires et une péloche amoureusement montée. Film potache, certes, mais rythmé, drôle et créatif. Ultra-référencé mais sans lourdeur, c'est la gourmandise pop-culture de la semaine.

Rétro-post-apo situé en 1997, ce sont les pluies acides qui ont dévasté la Terre, et non le réchauffement climatique ou les prédictions mayas comme à notre époque. La ressource précieuse est l'eau douce. Le pétrole? Il n'y en a plus. Tout le monde se déplace sur son fidèle destrier à pédales, BMX customisés. Rien de plus effrayant qu'un gang de bickers kickant la béquille de leurs vélos devant un bar, avant de mettre l'antivol.
Badass

Notre jeune héros, le kid, biffin (Scavenger ? Intraduisible) de profession, s'évade de son quotidien gris poussière en collectionnant de vieux comics de l'invulnérable Turbo Man. Sa routine est bien vite perturbée par la rencontre d'un mentor en la personne d'un clone d'Indiana Jones et d'une compagne à l'enthousiasme naïf et communicatif.

Confronté à un gang moitié Mad Max 2, moitié Village People, il trouvera la force de devenir Turbo Kid, l'égal de son idole de papier.

Sur fond de musique synthé, un parcours initiatique drôlissime, avec la dose d'aventure, de gore, de fraîcheur qui, tout simplement, va bien, très bien. Par le même producteur que "Hobo with a shotgun". What else?

9. These Final Hours (Zak Ilditch) 
Et voilà, Bruce Willis se fait vieux, il suffit de voir Die Hard 5. Une météorite a finalement touché la Terre. Un raz-de-marée dévaste le globe, la côte Ouest de l'Australie sera touchée dans 12 heures.

Que faire quand il reste si peu à vivre, qu'on est un beau mec branleur bodybuildé, avec une copine enceinte qui vit aux premières loges sur le bord de mer et une autre prête à faire la fête endiablée un peu plus loin, à en oublier le lendemain? Pas Australien pour rien, notre bonhomme part illico se défoncer avec la blonde, abandonnant la brune éplorée. 

Sur la route, il sera confronté à tous les bas-instincts de l'humanité, à toutes les formes de désespoir individuel ou collectif. Accompagnée d'une jeune fille libérée à coups de marteaux de charmants messieurs, il passe de survivant fêtard à bon samaritain protecteur.

Montre-moi tes amis, je te dirai qui tu es
Une apocalypse intimiste et, au final, touchante, loin des standards sensationnalistes hollywoodiens, qui aurait peut-être pu profiter d'un acteur au look plus fragile et sensible. Néanmoins un film solide et d'honnête facture qui, sans esbroufe inutile, communique parfaitement cette ambiance "no future", contrastant avec la belle luminosité de l'image et la propreté bourgeoise de la banlieue de Perth.

10. Blood moon (Jeremy Wooding) 
Après "Cowboys versus aliens", "Cowboys versus werewolves". En tant qu'ancien aficionado des jeux de rôle "World of Darkness" dont Werewolf en particulier (et son extension Wild West), j'avais quelques attentes nostalgiques quant à la réunion de ces deux groupes à l'écran. Attentes tempérées par le côté low-cost du film, mais ravivées au souvenir de l'excellent "Dog Soldiers" qui avait beaucoup fait avec peu.

Déception : de bons décors, mais des acteurs moyens, un script sans imagination, aucune montée en puissance, que ce soit dans la tension ou la comédie, des effets spéciaux là aussi sans créativité.

Le meilleur moment étant encore le concours de hurlements lupins entre la salle et le réalisateur (doué, sur ce point). Ca ferait un téléfilm de deuxième partie de soirée décent, mais pas vraiment digne de la toile.

11. El niño (Daniel Monzon)
Après l’excellent « celda 211 » du même réalisateur, j’attendais un film solide mais sans le côté claustrophobe du milieu carcéral, le film traitant de la contrebande dans le détroit de Gibraltar.

C’est exactement ce que le film propose : un déroulement robuste, entre montée en puissance d’un jeune trafiquant de drogue et jeu du chat et de la souris avec les douaniers parfois véreux. Acteurs convaincants, péripéties réalistes, touches sociales des deux côtés de la Méditerranée, le film frappe juste et constamment.
Fume un truc, tu as l'air tendu

Sans atteindre la puissance de « un Prophète » côté voyous ou « 36 quai des orfèvres » côté flics, la pellicule n’a néanmoins pas à rougir du résultat : un thriller ibérique , certes de facture classique, mais qui tient sa tension et son intérêt sur la durée.

12. Dead Lands (Toa Fraser)
Des Maoris qui parlent maori se battent à la mode maori, entre hakas et armes pour nous exotiques. Le dernier survivant d’une tribu trahie cherche à se venger et trouvera de l’aide auprès d’un guerrier paria.
Moi Tarzan, toi...Jane?

Coup de massue dans l’eau, ce film qui aurait pu être une intéressante découverte ludique et sanglante d’une culture assez méconnue n’est que vociférations quelconques sur l’honneur, les ancêtres et le prix du sang. Un faible support pour une vendetta aux combats répétitifs. Le râtelier d’armes originales et les hakas satisfont toutefois la curiosité que peut susciter le film.

Reste qu’un bon docu sur la Nouvelle-Zélande et un dépoussiérage du DVD de Conan apporteront bien plus de plaisir, sur des thèmes équivalents. 

13. Starry eyes (Kevin Kolsch, Dennis Widmyer) 
Une piètre actrice est prête à tout pour lancer sa carrière, mais le talent et la chance lui échappent. Quoi de plus simple pour soutenir son ambition que de signer, plus ou moins volontairement, un contrat faustien ?
Jusqu'ici, tout va bien...

Une version gore de « l’avocat du diable », sous les feux des spotlights en lieu et place du barreau et des effets de manches. Bien que l’exposition des personnages soit longue et la chute rapide, l’ensemble se regarde plaisamment. Ce, malgré des atermoiements scénaristiques inutiles (j’y vais ; j’y vais pas).

Félicitations à l’équipe maquillage, qui rend pénible et réaliste la dégradation physique de la jeune femme, littéralement dévorée par son ambition. La satire d’Hollywood, peut-être une intention du film, manque de conviction mais on ne peut en dire autant de l’actrice, remarquable. Certainement pas un film qui redéfinit le genre, mais bien un film qui participe à sa définition.

14. That demon within (Dante Lam)
Un flic instable et autiste sauve un malfrat en lui faisant don de son sang. Malice latente ou mystique du sang mêlé, ces deux là vont désormais se poursuivre à travers la ville de Hong Kong, tels des frères ennemis.

Si les flashbacks permettent de comprendre l’origine de la violence contenue du flic, la démonstration qu’en chaque homme sommeille un monstre et que d’un mal peut surgir un bien est assez convenue. Quelques solides scènes d’actions soutiennent le film ainsi que quelques idées visuelles bien sympathiques, comme une déconstruction du réel lors d’une séance d’hypnose.

Impression mitigée à l'issue du film, mais il est possible qu’un brin de fatigue et l’enchaînement des pellicules des derniers jours aient affecté et durci mon jugement.

15. One on One (Kim Ki-Duk) 
Ma découverte de Kim Ki-Duk date de « printemps, été, automne, hiver… et printemps », suivi par « Locataires » et « L’arc ». Héros mutiques, images splendides, atmosphères oniriques, je suis conquis. Déception donc à la sortie du castrateur « Moebius » l’an dernier, potentiellement intrigant mais vain et vilain.

« One on One » présente un fond plus riche, sur base de lutte des classes, de critique des idéologies (dont celle de la lutte des classes…), d’une réflexion sur la vengeance et la justice. Un groupe de justiciers se psychanalyse ou ventile ses frustrations en capturant et torturant des assassins ou des corrompus, jusqu’à obtenir des aveux.
Change rien, Kim!

Toutefois, le film souffre de scènes répétitives (les rapts) ou trop systématiques (le background des kidnappés et kidnappeurs) et d’un traitement superficiel, voire obscur, des thèmes traités. Un opus mineur mais qui, après le fiasco de « Moebius », me laisse encore espérer de ce réalisateur.

16. Honeymoon (Diego Cohen) 
Mais quel accueil de la part du réalisateur et de l’actrice principale (son tout premier rôle)! L’un et l’autre en jeunes mariés : guitariste sur scène pour la traditionnelle chanson (d’amour, évidemment), lancer de bouquet et jarretière à l’applaudimètre. Ils peuvent déjà revenir l’an prochain !

A Mexico, un riche héritier célibataire n’a d’yeux que pour sa belle voisine mais est bien dépité de la voir si heureuse dans les bras d’un bellâtre. Ses tentatives d’approches maladroites échouant les unes après les autres, quoi de mieux que de l’enlever, la séquestrer dans une cave et d’attendre que le syndrome de Stockholm fasse son œuvre, en la torturant un peu pour accélérer les choses ?
Sous le sooooleil de... Dans les caaaaaves de Mexico!

Entre un kidnappeur qui mêle psychopathie profonde et un certain charme et son « épouse » qui persévère dans la révolte malgré l’horreur, l’alchimie opère. Peut-être manque t’il un rien de confrontation psychologique entre les deux pour en faire un film qui passerait dans une catégorie supérieure mais, en l’état, la pellicule ne vous lâche pas une seconde : interprétations, lumière crue, musique lancinante font monter la pression inexorablement. Une franche réussite !

17. Infinite Man (Hugh Sullivan)
Ce BIFFF 2015 est décidemment un excellent cru. Et encore, l’incapacité de se dédoubler mène à laisser échapper quelques perles. Ne serait que par son affiche, « Infinite man » laissait présager le film qui mise tout sur la créativité. Trois acteurs, un motel abandonné quelque part dans un désert australien, une belle lumière chaleureuse et surtout un excellent script : les ingrédients suffisants pour tisser une toile mémorable.

Dean aime Lana qui est poursuivie par son ex. Dean voudrait aussi passer un WE romantique parfait malheureusement gâché par l’ex. Pour remédier à cela, quoi de mieux que de créer une machine à remonter dans le temps ? Mais rapidement, les lignes de temps se brouillent, certaines scènes s’apprécient de plusieurs points de vue, des Dean, Lana et Terry issus de plusieurs périodes se croisent, s’observent, s’expliquent lors d’imbroglios jubilatoires.
Le coup de foudre à 2.21 gigowatts!

Avec les interprétations lunaires à souhait du couple et le pragmatisme primaire de l’ex, la comédie surréaliste n’est jamais loin, tout en sachant renforcer sur la durée l’intérêt et la rigueur de ses boucles temporelles.

C’est fou ce qu’on sait faire avec de l’imagination à revendre ! Une de ces pellicules tout simple mais qui d’un pas léger, en toute discrétion, honore la créativité du 7ème art.

18. The terror, Live (Kim Byung-Woo)
Autre excellente pellicule de ce festival, ce thriller coréen sur les dérives de l'information en continu. Un journaliste radio mis au placard reçoit un appel d'un auditeur, passablement énervé, qui assure avoir les moyens de faire sauter un pont si on le le laisse pas s'exprimer. Moqué par le présentateur, il met sa menace à exécution.

S'ensuit, sur un script qui va à 100 à l'heure bien que tout se passe dans deux salles, une série de bluffs, d'intimidations, de négociations entre les différents acteurs du drame : victimes survivantes sur le tablier du pont, prêt à s'écrouler, politiciens calculateurs, directeur de chaîne avec audimat en tête, terroriste qui veut délivrer son message et enfin, le journaliste, prêt à sacrifier beaucoup pour recouvrer son statut de présentateur vedette.
The terror, live (même pas honte...)

Le film, de tous points de vue, est sec, épuré, efficace. Et l'économie de moyens, qui ne nuit en rien, permet de les utiliser à bon escient dans quelques scènes plus spectaculaires. Sur une base casse-gueule, défi relevé haut la main, sans temps morts et, en bonus, quelques questions sur nos sociétés et ses médias.

19. Viy (Oleg Stepchenko) 
Superproduction russe, Viy est la continuation sur la toile d'un conte fantastique de Gogol du même nom. Début 1800, un étudiant en philosophie, autant dire un prêtre, doit veiller 3 nuits dans une vieille chapelle sur le corps d'une jeune décédée, afin d'éviter une obscure malédiction. Après son échec, le lieu devient tabou.

Dans le village en contrebas, le prêtre n'hésite pas rappeler ces événements et la proximité du mal pour affermir son pouvoir, tandis que le chef du village, père de la morte, cherche à donner à sa fille une sépulture honorable. Quand au milieu de ces foules superstitieuses arrive un étranger scientifique, cartographe de son état, il va rapidement enquêter aux frontières du supernaturel, tel un Sherlock Holmes et son chien des Baskerville.
Y aller mollo sur la vodka locale

Visuellement touffu, créatif, enlevé, dont une scène avec une galerie de monstres réjouissants, le script, plus comédie qu'horreur ou suspense, brouillon, elliptique, peine à convaincre. Pas mauvais, mais aurait pu facilement être bien meilleur.

20. Goodnight Mommy (Severin Fiala, Veronika Franz) 
Fin de festival en apothéose avec ce vénéneux film autrichien. De retour de l'hôpital après une opération de chirurgie esthétique, une mère rentre chez elle pour retrouver ses jumeaux d'une dizaine d'années.

Ces derniers, après semble t'il quelques jours de liberté totale à courir les bois et se vautrer dans la boue, ne voit pas ce retour avec l'enthousiasme espéré. Et ce, d'autant plus que derrière ces bandages et ce nouveau visage... Est-ce vraiment leur mère qui est de retour?
Wooohooo?

Horreur psychologique, puis horreur tout court lorsque le point de rupture est dépassé, le film frappe fort et insidieusement. De part son image léchée d'une part, mais surtout par ses thèmes : absence, confiance, identité et ce pacte entre une mère et ses enfants (innocents, forcément innocents), brisé ici au delà de toute possibilité de retour en arrière.

Ce film fera grincer ou claquer quelques dents, ou naître des sourires (vaguement malsains) sur le thème "ah ça, je n'avais pas encore vu".



Pfff et maintenant, un an à traîner ses guêtres dans des ciné normaux... Tuer encore? Jamais plus! Merci au BIFFF pour ces bonnes péloches dont certaines, sans doute, n'auront pas l'honneur d'une distribution à la hauteur de leur valeur (et, hélas, réciproquement...).

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