Du 8 au 20 avril 2014, Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.
Le BIFFF!
Dans les couloirs du festival, ses zombies, ses odeurs de hot-dogs et
de Cuvée des Trolls, ses réalisateurs qui rasent les murs pour éviter les fans,
ses demoiselles court vêtues bodypaintées, ses files d'attente cosmopolites, de
la grand-mère au goth, ses boutiques de bric et de gore...
Dans les salles, cette ambiance, ces cris et hurlements mi-moqueurs,
mi-tendres envers les pires navets, les applaudissements et les ovations prompts
à féliciter une tête bien éclatée, un retournement scénaristique bien troussé.
Et ce dans le cadre désacralisé du Bozar, temple Bruxellois de la
culture classique propre sur elle, le doigt sur le pli du pantalon (d'après
certains vieux barbons, qui heureusement se trompent ; le lieu est bien plus
vibrant que ça, dans sa programmation "classique" ou non). Son
labyrinthe de couloirs et d'escaliers me ramène au temps du Passage 44, où je
découvris avec ahurissement le BIFFF en 2004. Putain, 10 ans…
Ca fait du bien de retourner dans le ventre fécond de la bête!
Trêve de nostalgie et de larmes d'émotion pudiquement voilées, place à
la tripe, à la sueur, au sang et aux cris!
Petit gros compte-rendu rédigé, une fois n’est pas coutume, à 4 mains.
« Welcome… »
Ragnarock (Mikkel Braenne Sandemose)
Un des rares films autorisés aux 12 ans et plus de la programmation,
autant dire une mise en bouche qui risquait d'être fade.
Point de départ de l'intrigue, l'étude par un archéologue fringuant de
l'épave remarquablement conservée du drakkar dit d'Oseberg, découvert en
1904-1905 en Norvège, datant de l'an 800, et qui servit de lieu funéraire à
deux femmes non identifiées, l'une pouvant être la légendaire reine Asa.
Désavoués par sa hiérarchie et ses financeurs pour ses théories fantasques sur les origines du drakkar, il ne lui reste plus qu'a emmener femme (ah non, elle est décédée) et enfants dans une ultime chasse au trésor. Sur la foi d'une piste découverte par son assistant, sa charmante collègue (qui partage la même passion pour l'archéologie que feue sa femme, voyez où je veux en venir?) et un guide patibulaire qui pue l'ail et la traîtrise, la troupe part à la recherche d'un lac perdu dans le no man's land entre la Norvège et la Russie, l'œil d'Odin, ses trésors cachés et, peut-être, ses mystères quant à l'origine des mythes vikings.
Les mystères en question sommeillent, ils vont être réveillés, ils ont
faim et ils ne sont pas contents!
Voilà. Pourquoi pas ? On obtient au final un divertissement familial relativement bien
troussé mais déjà vu et ressassé, au confluent d'Indiana Jones, de Jurassic
Park, un pointe d'Aliens et un
soupçon du Seigneur des Anneaux (pour
les plans par hélico de marcheurs à flanc de montagne enneigé sur fond de
musique grandiloquente ).
Probablement correct pour un ket, gentillet pour les autres, autant
revoir les originaux.
Karl
The Machine (Caradog
W. James)
Autrement plus consistant que Ragnarock,
The Machine. Malgré un nom qui fait cheap et un budget du même ordre, le
résultat est tout à fait satisfaisant. Ce film britannique a d'ailleurs déjà
engrangé quelques prix dans différents festivals.
Dans un futur proche, la guerre froide rampe à nouveau, entre la Chine
et l'occident. La dissuasion repose désormais sur les intelligences
artificielles ; les budgets militaires pour ces développements sont illimités.
Vincent McCarthy, spécialiste en IA pour l'armée, recrute la crème de
la crème. Avec l'aide d'une assistante remarquable, Ava, ses recherches
progressent soudainement. La mort brutale d'Ava le pousse à se lancer dans
l'étape ultime de leurs travaux : une androïde, dotée d'une IA expérimentale, à
l'image de la défunte. Fragile, émotive, puissante, malléable...
Trois espèces coexistent désormais : les humains, animés par leurs
intérêts guerrier ou altruiste, les cyborgs, humains brisés par la guerre puis
augmentés par des implants aux effets secondaires débilitants, et cet unique
prototype imitant -ou possédant?- une conscience fraîche, au centre du jeu des
pouvoirs.
Véronique et Davina : saison 2
Ce film est souvent comparé à Blade Runner. Mais plutôt qu'un environnement sur la voie de l'(auto)destruction et de l'infanticide par l'humanité de ses créations, The Machine présente l'avènement dans la douleur d'un monde nouveau.
Tourné avec une économie de moyens peu visible à l'écran, avec une
actrice convaincante tant dans la fragilité que dans l'action et quelques
belles scènes poétiques (les androïdes rêvent-ils d'entrechat?), une heureuse
découverte.
Karl
OXV the
manual (Darren Paul Fisher)
Après The Machine qui
s'intéressait à la conscience, léger glissement de sujet avec une interrogation
ici sur le déterminisme et le libre arbitre.
Dans un univers semblable à notre époque, des enfants participent à un
test psychique permettant de mesurer leur "fréquence", un marqueur de
leur chance, de leur karma. Marie-Curie Fortune et Isaac-Newton Midgley (oui,
oui...) se retrouvent aux deux extrémités du spectre, Fortune appelant la
chance et Newton étant plutôt du genre à se prendre un piano en passant sous un
pommier. Leurs fréquences sont si différentes que, s'ils restent en présence
l'un de l'autre plus d'une minute, l'univers se dérègle.
Les années passent, Isaac tombe évidemment amoureux de Marie-Curie,
sans pouvoir l'approcher. Inventeur de génie, il développe alors un moyen pour
réguler les fréquences afin de les égaliser. Les conséquences de sa découverte
dépassent ses espérances : si la régulation est relativement anodine, certaines
fréquences se révèlent être des mots de pouvoir, influençant les évènements ou
les gens (film sérieux puisqu'il n'essaye même pas de hurler un Muad'Dib, ce
qui aurait été ma première réaction).
Le film enchaîne ainsi une série de révélations, ou plutôt de
complexification graduelle de son univers, avec comme toile de fond cette
réflexion sur le libre arbitre, ce que nous sommes prêt à faire pour le
conserver, les tentations auxquelles nous serions confrontés si nous pouvions
influencer celui des autres, et le déterminisme de nos actions, négation de
notre liberté ou garde-fou de notre réalité? Vous suivez au fond de la classe?
Si l'échelle du récit est peut être trop intimiste au vu des
implications des "fréquences", l'écriture du scénario est
particulièrement fine dans le traitement de ses thèmes et son déroulement. De
la SF subtile, intrigante, avec une pointe de philosophie : un beau numéro
d'équilibriste, chapeau bas.
Karl
Je parlais d'écriture de scénario fin. Passons rapidement sur ce récit paresseux de voyage dans le temps. Film fade au possible, malgré un casting sympathique : Rufus Dark City Sewell, l'agent Scully herself, et, pourquoi pas, Haley "I see dead people" Osment, qui manifestement n'a pas mangé que de l'ectoplasme ces dernières années.
Je fais vite ; le père, physicien de talent, s'absente pour un congrès
mais ne revient jamais. Mère éplorée. Le grand-père, physicien de talent, pense
qu'il a voyagé dans le temps. Le fils, qui devient un physicien de talent
(...), bricole la même cocotte-minute temporelle que le paternel. Il rentre
dans la machine. Alors que le film est censé commencer à ce moment, on approche
en fait de l'épilogue longuement attendu. Générique. Rideau. Repos.
Karl
Dead Snow Red
versus Dead (Tommy Wirkola)
Qui a besoin d'un scénariste quand le film repose, et c'est bien
suffisant, sur des zombies nazis? Si pour le premier opus, un scénariste
s'était malgré tout attelé à la tâche, il paraitrait que c'est une armée de
trois qui a accouché de cette suite!
Revenons sur le premier, jouissif et régressif, qui commence comme
tout bon slasher par l'arrivée d'un groupe d'amis dans un lieu reculé
où-il-n'y-a-pas-de-réseau. Tunnel de dialogues, premières morts gores dans une
ambiance à la Nuit des morts vivants,
la claustrophobie en moins, les saluts nazis en plus, pour finir, cette partie
étant la mieux réussie, en comédie gore de bon aloi pour autant qu'on soit bon
public. Jump-scare final.
(Sur l'air d'Alizée : ) "C'est-pas ma-main à-moiii !"
La suite reprend très exactement sur ce jump-scare et sur le ton de la comédie gore, qu'il n'abandonnera plus. La longue introduction du premier est oubliée pour un départ sur, littéralement, les chapeaux de roues. S'ensuit une succession de scènes Grand-Guignol, impliquant démembrements divers, gag récurrent d'acharnement sur zombie innocent, résurrection de soldats communistes (d’où le Red vs Dead), tirs de panzer à bout portant, etc. Une surenchère gore et fun, tempérée par des scènes dispensables à propos d'un squad de 3 nerds anti-zombies, frère et sœurs, dont on se demande bien lequel des 3 scénaristes est coupable de leur introduction dans le récit.
Mais ce grain de sel inopportun ne coupe pas l'envie de se resservir
de ce gros pudding cinématographique, trop sucré, trop gras, mais qui offre
tellement de bonnes tranches de rire qu'il n'en reste pas une miette à la fin
de la séance. Un de ces petits films honteux qu'on adore partager!
Karl
The hour of
the lynx (Soren Kragh-Jacobsen)
Un très bon drame en provenance de Suède. L'aide d'Helen, prêtre, est
requise par une jeune scientifique travaillant dans un asile psychiatrique.
Malgré ses expériences, assez maladroites, pour humaniser les patients,
celle-ci n'a pas permis d'empêcher la tentative de suicide d'un jeune homme.
Celui-ci, quelques mois auparavant, a sauvagement assassiné un couple âgé dans
leur maison, pour les placer ensuite dans une position de tendre étreinte, puis
tenter de s'immoler. Malgré l'animosité entre les deux femmes, leurs
différences de méthode et l'imprévisibilité du jeune homme, Helen essaie de
comprendre les raisons de son geste et lui apporter un certain apaisement.
Le film est adapté d'une pièce de théâtre et de ce fait, se focalise
sur les interactions entre les personnages et leur évolution. Le réalisateur a
révisé ses classiques : unité de temps, l'histoire se déroule en une petite journée,
unité de lieu, dans l'asile, mais pas tout à fait unité d'action, avec des
digressions parfois soudaines sous forme de flashbacks. Ceux-ci peuvent aussi
bien illustrer directement le dialogue en cours que donner au spectateur des
informations inconnues d'un ou plusieurs personnages, mais qui justifient le
comportement du troisième. La scène de l'enfance du meurtrier est splendide,
dans une ambiance et une lumière aux antipodes de l'asile.
Sans doute pas le film le plus typiquement BIFFF de la programmation,
plus propice au questionnement, voire à l'introspection, qu'à la blague salace,
mais un drame solide qui commence dans le sordide pour évoluer doucement vers
une certaine grâce, douce-amère.
Karl
Oculus (Mike Flanagan)
Ce film, basé autour du concept du l’objet maudit faisant le mal
autour de lui, nous relate donc les méfaits d’un vieux miroir hanté, qui rend
ses possesseurs fous et fait s’entretuer ceux qui oseraient tenter de le
détruire… Las, n’atteignant même pas le statut d’ersatz de Mirrors, le résultat m’a plutôt évoqué un
roman de R.L. Stine que j’ai lu étant gamin!
L’absence folle de charisme des deux dadais de frère et sœur (en la
personne de Karen Gillan, échappée de Doctor
Who… j’assume les ennemis que je me ferai en disant ça) et leur petit
protocole expérimental un peu navrant pour venir à bout du vilain miroir (du
style : un réveil sonne, « Mange cette pomme » !) y
sont sans doute pour beaucoup. Je passerai poliment sur la contre-perf de Rory
Cochrane, en papa fou singeant fort mal Jack Nicholson dans Shining.
Le film peine à instaurer une ambiance et faire tout simplement peur (pas
évident, vous me direz, pour un miroir… d’ailleurs, on aurait appris lors d’un
twist que c’était en fait le canapé qui était maudit que ça n’aurait pas changé
grand chose) en enfilant comme des perles les jump scares moisis, voire prêtant
carrément à rire, avec l’apparition finale d’une assemblée de spectres aux yeux
lumineux !
Ceci, chers amis, est un spoiler ^^
On retiendra malgré tout un long dernier acte où les évènements
tragiques du passé et du présent se répètent jusqu’à se confondre (idée n’étant
somme toute pas neuve non plus), donnant lieu à quelques scènes relativement
bien pensées et un dénouement suffisamment cruel pour retenir l’attention.
M2M
Moebius (Kim Ki-Duk)
Alors, dans le nouveau Kim Ki-Duk, il y avait (dans le
désordre) : des quéquettes sectionnées au couteau, gobées, greffées,
re-tranchées, volées à l’arrachée, écrasées par un camion ou explosées au
flingue à bout portant. Mais ce n’est pas tout… il y avait également des
violences physiques sur personne vulnérable et agressions en tout genre, des
humiliations, des viols (seul ou en réunion), de la pédophilie, de l’inceste,
de l’automutilation masturbatoire au caillou (si si), des relations sado-maso à
coups de poignard, des seins siliconés et d’innombrables baffes dans la gueule…
(Nous avons même eu droit à une baston dans la salle lors de la
projection !)
En revanche, il n’y avait pas : de scénario, de soin apporté à
l’image (zéro mise en scène, le film baigne dans une lumière crue peu
esthétique et j’ai littéralement cessé de compter le nombre de fois où l’on
aperçoit l’ombre du caméraman), pas de musique (à part à 5 minutes de la fin,
comme ça !), aucun bon acteur, et surtout : pas un seul putain de
dialogue de tout le film !!
Change rien, Kim!
Il y a sans doute une considération métaphysique ultra balèze derrière
tout ça mais je n’ai pas spécialement envie de m’y pencher, vous m’excuserez…
(Ruban de Moebius ? Retour au point de départ ? Histoire qui se
répète ? Serpent qui se mord la… et merde, je crois que j’ai compris.)
Bref, à considérer soigneusement avant vision.
M2M
Let us prey (Brian O’Malley)
Une bourgade sans histoire. Une jeune flic (Pollyanna McIntosh, à qui
l’uniforme sied mieux que les hardes, façon the
Woman) qui vient prendre sa première affectation au petit commissariat du
coin. De nuit, bien sûr. Une nuit qui va paraître interminable à la poignée
d’agents, ainsi qu’aux prisonniers reclus au sous-sol, au vu du déferlement de
tuiles qui va s’abattre sur eux, depuis l’apparition de cet énigmatique et
taiseux vieux bonhomme sans nom (Liam Cunningham, échappé de Game of Thrones), apparu comme par
enchantement mais qui semble parfaitement au courant des « petits
travers » inavouables de chacun… et on ne parle pas là de quelque mauvais
payeurs de factures, mais plutôt d’une brochette de braves gens dignes de
figurer dans le numéro de fin d’année du Nouveau Détective : du mari
violent pour le plus sympa de la bande, au(x) psychopathe(s) en puissance.
M’étonnerait qu’à moitié que notre homme sans nom soit une sorte d’Ange
Exterminateur venu purifier tout ce beau monde dans les flammes éternelles. Je
sais pas, ça doit être ses corbeaux de compagnie qui me font dire ça…
Il... a les yeux... revolvers...
Let us prey s’avère être un
pur huis clos de fort bonne facture, basé sur des interprétations
convaincantes, dosant savamment suspense et révélations multiples, jusqu'à,
hélas, un final quelque peu grotesque, entre apparition saugrenue d’un
« Jésus Barbelé » prêchant au fusil à pompe, ou quelques mises à mort
digne d’un cartoon (ou comme quoi on ne se méfiera jamais assez des cireuses à godasses !),
le tout au milieu de flammes de studio (sans fumée) paraissant bien
inoffensives.
Le jury du festival décernera malgré tout le Méliès d’Argent à ce film
irlandais tout à fait recommandable.
M2M
Ugly (Anurag Kashyap)
Le nouveau film en provenance d’Inde du réalisateur de Gangs of Wasseypur fut présenté à Cannes
l’an dernier (de même que le sera le mois prochain Monsoon Shootout, qui a remporté cette année le Prix Thriller du
BIFFF) où il fit parait-il sensation. Et pour cause…
On est ici à peu près à l’exact opposé d’une comédie musicale colorée
façon Bollywood, mais plutôt dans un drame réaliste et poisseux. Le tout est
basé sur un postulat de départ très classique : une fillette de 10 ans a
été vraisemblablement kidnappée, dans la ville tentaculaire de Bombay. Ses
parents, divorcés, sont constitués d’un prétendant acteur loser surtout
préoccupé par le futur grand rôle qui va enfin le lancer et d’une femme au
foyer effacée et suicidaire, remariée avec le sévère chef de la police locale,
qui sera chargé de l’enquête. Les deux hommes rivaux, qui se haïssent depuis
leur enfance, vont bien entendu plus se soupçonner et se gêner mutuellement que
tout mettre en œuvre pour résoudre l’enquête en collaborant.
(En plus, l'affiche pète la classe, 'trouvez pas?)
L’intrigue, suivie de différents points de vue, progresse
laborieusement dans une opacité quasi palpable (pas de miracle ni de révélation
fracassante, tout le monde est suspect), multipliant les fausses pistes au sein
de cette mégalopole suffocante, gangrénée par le crime et la corruption. L’ensemble
évoque par moments le chef d’œuvre coréen Memories
of Murder -rien de moins- notamment une scène d’interrogatoire démontrant l’incompétence
des policiers. Puis, à mesure que le temps passe, le métrage prend moins le
parti de s’intéresser à l’aspect whodunit du drame, qu’au côté bassement humain
et sombre des nombreux protagonistes, pas vraiment présentés à leur avantage.
Presque tous sont en effet dépeints comme de fieffés menteurs, égoïstes et
odieusement cupides, n’hésitant pas à tenter de tirer avantage de cette triste
situation.
Cette œuvre crépusculaire et impressionnante de maîtrise questionnera mine
de rien votre propre foi en l’humanité.
Un grand film.
M2M
Ablations (Arnold de Parscau)
S’il y a bien un talent qu’il faut reconnaître à Benoît Delépine, outre
une liberté de ton rare et salvatrice qu’il illustre depuis des années au sein
du Groland (probablement la dernière
vraie émission punk à la télé française), c’est un véritable talent de conteur.
Auteur de plusieurs BDs en parallèle de sa carrière télé et ciné, notamment
pour le duo de dessinateurs fous Stan & Vince, il signe scénario &
dialogues de ce premier film confié au jeune Arnold de Parscau, qui s’est
distingué en 2011 en remportant un concours de clip vidéo lancé par un certain
David Lynch, à partir d’une de ses œuvres musicales. Il placera d’ailleurs dans
son film quelques scènes surréalistes au pouvoir évocateur fascinant.
... il a le regard qui tue...
Ce dernier narre les mésaventures de Pastor, homme d’affaires qui se réveille un lendemain de cuite façon shots goût GHB, sans souvenir aucun de la veille au soir, mais avec une vilaine cicatrice dans le bas du dos… et un rein en moins. Denis Ménochet, peu habitué des premiers rôles (le père de Shosanna Dreyfus qui se fait torturer psychologiquement par le Colonel Landa au début d’Inglorious Basterds, c’est lui) lui prête sa carrure imposante et sa gueule de molosse prêt à bondir. Un parfait anti-héros, égoïste et queutard, qui va dès lors tout sacrifier à sa quête vengeresse et clandestine, « allant même jusqu’à faire pleurer Virginie Ledoyen, ce qui est inadmissible ! » (qui incarne sa femme, délaissée), comme dirait Karl.
Cette histoire de trafic d’organes à l’ironie mordante porte
immanquablement la patte de Delépine (au-delà de la présence de Yolande Moreau
et Philippe Nahon, coutumiers de son univers, impayables dans des seconds rôles
savoureux) et ménage quelques gags aussi cruels qu’hilarants, se payant même le
luxe d’un retournement de situation assez fortiche et inattendu.
M2M
Wrong Cops (Quentin Dupieux)
Ils sont odieux, vulgaires et grossiers, obsédés sexuels, meurtriers,
racketteurs, homophobes, dealers (et naturellement, gros consommateurs),
racistes, lâches, cupides et j’en passe… Ce sont les flics de Los
Angeles ! To protect and to serve, selon Quentin Dupieux.
La maîtresse en maillot d'bain...
Et comme on évolue dans l’univers du réalisateur (aussi brillant que
fou) de Steak ou de Rubber (qui pour le coup, a mis la
pédale douce sur le surréalisme), on ne s’étonnera pas longtemps de croiser un
Eric Judor (décidément un habitué) au physique improbable, que de l’herbe soit
revendue par l’intermédiaire de rats crevés ou
qu’à peu près tous les protagonistes soient des amateurs d’électro
hardcore, dont les gros beats, parfaitement intégrés à l’intrigue et lui
conférant une identité sonore unique, sont bien sûr l’œuvre de M. Oizo, alter
ego de Dupieux à la scène.
Le déjà excellent court-métrage Wrong
Cops : Chapter One, tourné en amont et que vous avez peut-être déjà eu
l’occasion de visionner (dispo en 2 clics sur le net) est intégralement
disséminé dans ce long métrage. On retrouve avec plaisir l’environnement des
suburbs de L.A., ses palmiers et son soleil de plomb, ainsi que sa galerie de
persos déjantés et irrésistibles de bêtise crasse, mention spéciale à ce grand
gamin emo goth malmené, qu’incarne à la perfection un Marylin Manson plein
d’autodérision.
"Tiens, att-rat-ppe. Hu hu!"
Le film était tellement improbable et fendard que le public BIFFFeux,
pourtant habitué des vannes débiles bien placées en cours de film, lui a
réservé un accueil calme et respectueux... comme en présence d’un
maître en la matière!
M2M
Yellow (Nick Cassavetes)
Ce film, aux relents de festoche de Sundance (en mieux fichu, rassurez
vous) suit les errances de Mary Holmes, femme trentenaire célibataire qu’il
n’est pas galvaudé de qualifier de salement paumée. Pathétiquement blasée de
tout ce qui l’entoure, elle ne parvient plus à éprouver la moindre émotion pour
qui/quoi que ce soit (à l’exception de ses quatre enfants qu’elle adore, de
pères différents dont on ne saura rien de plus).
Meuh qu'est-ce que j'fous là?...
De galère en galère dans la
Cité des Anges, entre séances de psy, visites à sa sœur pas beaucoup plus
équilibrée qu’elle et cachetons qu’elle s’enfile comme des M&M’s, ainsi
glisse son quotidien dont elle se détache de plus en plus, perdant
régulièrement pied avec la réalité (qui passe d’une impayable comédie musicale
en une représentation théâtrale inopinée), jusqu’à ce qu’une banale histoire de
cul -de plus ?- lui coûte son job. Elle mettre alors le cap vers le fin
fond de l’Oklahoma, se ressourcer dans sa petite famille cul-bénie et
dysfonctionnelle comme il faut, dont on comprendra bien vite qu’un trauma
originel pourrait être à l’origine de tout. Heather Wahlquist, femme du réalisateur
Nick Cassavetes dans le civil, semble s’être beaucoup impliquée dans ce
portrait réellement poignant de femme tellement moderne qu’elle a coécrit (elle
est elle-même originaire de l’Oklahoma), à qui elle prête sa gracieuse
silhouette et fait vivre avec passion et justesse, nous embarquant dans son
petit monde (peut-être un peu plus qu’on ne l’aurait cru, à notre insu !).
"Meuh qu'esseu c'est ce bonnet ridicule qu'on m'a refilé?..."
Si son interprétation est le ciment de ce film, elle est également entourée
d’excellents seconds rôles ; excusez du peu : David Morse, sa mère et
muse de papa Cassavetes Gena Rowlands, Ray Liotta, Ethan Suplee, Sienna Miller
(à l’origine d’une scène d’engueulade mémorable !)… mention spéciale à
Mélanie Griffith, touchante avec sa voix de fausset, en maman se voilant la
vérité par instinct pour sa fille mal-aimée.
Définitivement, à découvrir.
M2M
April Apocalypse (Jarret Tarnol)
Voici le film remplissant le quota zomblard de cette édition 2014, le
mal nommé Zomb… Heu, April Apocalypse.
Le jeune puceau impopulaire (et incompris bien sûr)
tête-à-claques-mais-pas-trop, amené à se révéler au travers de l’avènement de
la fin de l’humanité : check.
Son amour secret girl next door de toujours -la mimi Rebekah Brandes-, pour le moment entre les
paluches de l’insupportable quarterback de l’école : check.
Meilleur ami rigolo adepte de la défonce qui crèvera à la fin de la 2ème
bobine : check.
Bon Dieu, que c’est fatigant à la longue…
Comme un ch'tit air de Zombieland, non?...
Bref, une foire aux clichés qui vient grossir la montagne de zombies
flicks sans grand intérêt, n’apportant pour le coup absolument rien de frais.
Ni inspiré, ni vraiment drôle, ni vraiment cheap ou nanardesque, ni gore (voire
pas du tout), mais plutôt mal écrit et extrêmement naïf dans son traitement, ce
film échoue dans les grandes largeurs à faire ressentir le moindre sentiment de
danger ou d’oppression –bref, d’Apocalypse- ni la moindre empathie pour ses
protagonistes, pourtant nombreux, qui succombent dans une indifférence ouatée
(… « ouatée » ??).
C’est vous dire : les seuls embryons d’idées à peu près
remarquables (la radio amateur émise par le héros ou les pilules prescrites par
un psy qui semblent l’immuniser suite à une morsure) ne sont absolument pas
exploités par la suite.
A oublier, même pour les fans hardcore du genre en Z décidément peu
gâtés ces temps-ci.
M2M
Shield of
straw (Takashi Miike)
Un ennemi public n° 1 (une sorte de pédophile meurtrier récidiviste,
peu crédible avec sa gueule d’ange façon star de J-pop).
Une rançon de un milliard de Yens (soit 7 069 962€ et 42
centimes) promise par le papi, blindé, malade et au bras très long, d’une
petite victime de trop.
125 millions d’ennemis potentiels, rendus fous furieux par l’appât de
la thune.
Une poignée de policiers dont l’intégrité va être salement testée,
censés escorter le scumbag lors de son transfert à travers le pays, jusqu’au
palais de justice de Tokyo…
Voilà le pitch excitant et surtout plein de promesses de ce bouclier
de paille, l’homme à la barre n’étant autre que le filmeur fou et stakhanoviste
Takashi Miike (plus de 90 films tournés depuis 1991 !).
Et le film de démarrer comme il se doit sur les chapeaux de roue,
enchainant à vive allure les morceaux de bravoure burnés, comme ce carambolage
XXL sur l’autoroute (filmé avec une focale tellement longue qu’on ne pine hélas
juste rien) ou cette solide scène de fusillade dans l’espace confiné d’un TGV.
Je vous fais un prix, il est un peu cassé (mais il marche encore)...
Malheureusement, passé cela, ça s’essouffle drastiquement…
La deuxième moitié du film propose à violent virage à 540° -ouèp :
un tour et demi- et vire à la balade bucolique (les quelques protagonistes se
retrouvent à pied et marchent presque une journée entière le long d’une route en
ne croisant apparemment AUCUNE BAGNOLE !), limite drame existentiel intimiste
tant on les subit se remettre en question toutes les 5 minutes, déchirés entre
leur devoir et l’idée d’en finir proprement d’une bonne vieille balle dans la
nuque avec ce meurtrier aux motivations un peu floues, faisant quant à lui tout
pour se faire détester par ses geôliers ! Bref, dire que le rythme et la
tension du film efficacement instaurés jusque là en prennent un sacré coup dans
la gueule est un euphémisme. Un final mou (et incohérent) étant là pour nous
achever. Dommage.
M2M
Mindscape (Jorge Dorado)
Voilà un petit thriller anglophone mâtiné d’une pointe de fantastique
en provenance d’Espagne (produit entre autres par Jaume-j’ai-fait-un-bon-film,-une-fois,-maintenant-je-filme-Liam-Neeson-fliguer-sa-carrière-en-se-la-jouant-Steven-Seagal-Collet-Serra)
qui, bien que ne présentant pas de gros défaut manifeste, a bien peiné à me
convaincre…
En effet, tout dans cette histoire d’« enquêteurs mémoriels », ou
de « détectives des souvenirs » (bref, vous saisissez l’idée.
Non ?... Bon : de « gars qui font comme dans Inception, images oniriques de flotte au
ralenti incluses », c’est bon, là ?) sent la formule, avec un sacré
relent de déjà vu ici ou là. Esthétique froide (rappelant l’Orphelinat, avec sa grande baraque),
intrigue de DTV du samedi soir : jeu du chat et la souris entre un
« gars qui fait comme dans Inception
(…) » victime d’un récent traumatisme et sa patiente, jeune ado à problème
un peu trop perspicace et mystérieuse, ainsi qu’un twist final (oui, on SAIT
qu’il y aura un twist. Ca pue le twist, pour tout vous dire…).
L’identification au personnage principal, interprété par un Mark
Strong mono expressif, n’aide pas : il semble largué du début à la fin, et
acquiert d’ailleurs rapidement 3 wagons de retard dans son enquête par rapport
au moindre spectateur à peu près éveillé !
"Du tissu... Mais qu'est-ce que ça peut bien être?..."
Le résultat, correctement emballé au demeurant, même s’il se regarde
sans trop de déplaisir manque singulièrement de charme et de caractère pour
laisser… un grand souvenir. Hu hu.
M2M
Baby Blues 3D
(Po Chih Leong)
Le brave Po Chih Leong (non, je ne dirais pas “à vos souhaits”, je vaux
mieux que ça), malgré une carrière de près de 30 réalisations reste gentiment
méconnu par chez nous (à l’exception de La
Sagesse des crocodiles, avec le beau Jude Law, en 1998 déjà). Et pour cause,
il a principalement cachetonné pour nombre de comédies hong-kongaises, puis en
vidéo voire à la TV outre-Atlantique –ou plutôt, outre-Pacifique pour lui, vous
suivez ?- ses derniers faits d’armes remontant au milieu des années 2000,
où il emballait des DTV à la gloire (je déconne) de Steven Seagal ou Wesley
Snipes. Dur.
Quel dommage que suite à ce ressemble à une traversée du désert de 7
ans (d’aucuns se seraient foutu en l’air pour moins que ça), on le retrouve de
retour au pays, aux commandes d’une chose au potentiel nanardesque aussi
sensationnel que Baby Blues… 3D siouplait !
Un jour, quelqu’un a du dire : « Et si on mettait tous les
clichés les plus atrocement daubés du
cinoche d’horreur et qu’on filmait le tout en troidé ??? »
Et ils l’ont fait. Ils y sont tous : la poupée maléfique (pas
flippante, MOCHE) dont l’origine remonte à une sombre malédiction dont on se
fout, trouvée par un jeune couple qui attend un heureux évènement et qui vient
d’emménager dans une grande baraque, le petit vieux SDF qui traine dans les
alentours et qui « sait » (et le répète d’ailleurs au moins vingt
fois dans le film, sans que naturellement on ne lui prête attention), le
jumps scare final prévisible et inutile (adressé à la caméra uniquement, comme
de bien entendu).
(Arf, rien que d'y repenser à cette saleté...)
Au final, le film nous inflige des SFX carrément dégueulasses (il faut
voir la poupée s’animer… déclenchant l’hilarité dans la salle), admirablement
soulignés par une 3D de fête foraine, des scènes à suspense grotesques, des
acteurs en roue libre (mention spéciale à la mère, qui joue les siphonnées,
redoutable de ridicule), et même une musique pompant les célèbres violons de Psychose… plusieurs fois !
Combien d’années tu vas devoir passer reclus dans un monastère à te
flageller la verge après avoir commis un truc pareil, mon petit Po ?
M2M
Police Story
2013 (Sheng Ding)
Ni suite, ni remake malgré le titre de la saga éponyme débutée dans
les 80’s avec ce bon vieux Jackie en personne distribuant mandales et
instructions sur le plateau, ce film évoque, par son aspect techno thriller, le
marrant mais un peu bancal New Police
Story datant de 2004, qui lui non plus, n’entretient aucun rapport avec la
saga (faut suivre !).
L’histoire se passe dans un grand club ultra moderne (comprendre :
à peu près tout fonctionne avec une télécommande !), tout en architecture
verticale, où le nouveau patron à la mauvaise idée de prendre au piège mother-fuckin’-Jackie-le-Super-Cop,
juste au moment où se dernier venait d’apprendre que ce filou se tapait sa
fille, genre éternelle ado rebelle, serveuse dans le dit rade. Comme si tout
cela était prévu, lorsque le SWAT local finit par rappliquer, le méga club se
transforme en forteresse imprenable, contraignant Jackie à se démerder seul de
l’intérieur pour protéger la poignée d’otages, pas forcément présents par
hasard, et gérer les obscures demandes du cerveau de la bande, qui a
visiblement une idée derrière la tête pour s’être lui-même laissé enfermer de
la sorte.
Jackie en mode Badass.. MERDE, quoi!!
Ce film n’appartient décidément pas à la catégorie des films de bastons
rigolotes –du style 160 pains distribués à la minute en envoyant 3 tabourets et
2 vannes au passage ; Jackie le sexagénaire n’ayant d’ailleurs plus vraiment
l’âge pour ses conneries- mais plutôt à celle du polar tragico/opératique. Le
film débutant sur l’image de Jackie se collant une balle en pleine poire,
histoire de poser l’ambiance.
Quelques gentilles cascades et scènes de frappes éparses ont néanmoins
été intégrées, histoire de se rappeler à notre bon souvenir, notamment ce
face-à-face marquant face à une brutasse adepte du muay-thaï. Longue et brutale
en diable, elle semble être directement dans la lignée de l’inoubliable 2
contre 1 de The Raid, sorti l’année
précédente, consacrant manifestement sa position de nouveau mètre-étalon (après
Ong Bak ou SPL) du film de baston moderne.
"- Alors? On mollit, chuis trop costaud?! - Non... C'est... Qu'tu pues!"
Quant à Jackie, il nous (sur)joue son éternel refrain du flic inoxydable
et droit dans ses bottes (mais au lourd passé traumatisant, of course), refusant par tous les
moyens d’ôter la vie à qui que ce soit, dans ce film au demeurant fort classique
dans sa modernité, au scénar sans doute un poil trop capillotracté pour
convaincre pleinement.
Mais merde, je sais pas vous, mais moi ça m’a fait un bien fou de
revoir Jackie à l’œuvre !
M2M
Et à l’année
prochaine, bien sûr !
« Taa-Taa, Ta-Ta-Ta !... »


















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