Avant de commencer à décortiquer le dernier film de Spielberg, il est nécessaire de rappeler quelques infos concernant le projet " Lincoln".
Tout d'abord, il est bon de savoir que ce projet est en gestation chez Spielberg depuis bientôt 10 ans. Cela n'aura pas été de trop au vu du travail accompli. chaque détail, chaque personnage et chaque réplique parait tiré d'un livre d'Histoire américaine. Spielberg aura également attendu une disponibilité à 100% de son acteur pour pouvoir démarrer la réalisation de ce film. on y reviendra sur DayLewis, il est une fois encore au delà de tout superlatif.
Le film est d'une richesse, ça donne envie de se (re)plonger dans l'Histoire des Etats-Unis, courte mais intense.
Il semble également important de préciser que le film n'est absolument pas un biopic. Non pas que le personnage de Lincoln soit inintéressant, bien au contraire, mais le film se concentre surtout sur une période charnière de la vie du président, et plus généralement sur une page sombre mais incontournable de l'Histoire US: le vote de l'amendement qui mettra fin à l'esclavage. Tout le monde sait que l'esclavage aura été sujet à de nombreux débats et affrontements dans l'histoire des USA, ce film permettra d'y voir plus clair..
Ceci étant dit, si vous voulez en savoir plus sur l'esclavage, Lincoln etc..
retour à nos amendements:
On a pu lire , lors de la sortie de son dernier film , " War Horse", que celui-ci résumait tout le Cinéma de Spielberg. il est n'est désormais pas interdit d'affirmer que " Lincoln" le fait tout aussi bien, voire mieux.
On connait le goût du bonhomme pour l'Histoire et le récit de la vie des hommes qui la font; L'Histoire , dans " war horse" ne faisait qu'office de cadre pour raconter une histoire d'amitié chevaline. Que ce soit Schindler dans le film du même nom, le personnage de McConaughey dans " Amistad", ou Hanks dans " Saving private Ryan", on sentait cette volonté de raconter la grande Histoire par la plus petite de certains de ses protagonistes. Ici, le héros s'appellera A.Lincoln. Peu de détails nous sont donnés concernant sa vie, son passé etc..et en fait on s'en fout. Comme son personnage principal, on reviendra très brièvement sur son passé, trop occupé à essayer de regarder sereinement vers l'avenir. On saura juste qu'il a perdu un fils à la guerre et que ça a bouleversé sa vie personnelle, rendant à moitié folle sa femme, et que son deuxième fils semble bien décidé à s'engager.
C'est étrange et fascinant à la fois cette façon de dépeindre de manière aussi simple un grand homme, dans tous les sens du terme.
Comme je le disais précédemment , le film se déroule pendant une courte période de sa vie. elle commence 2 ans après le début de la guerre civile ( Nord/Sud) et en plein débat sur l'abolition de l'esclavage. Lincoln, farouche partisan de ce mouvement, lutte contre les démocrates de tout bord, tentant de donc de faire passer ce fichu 13ème amendement, avec l'aide de ses conseillers et d'autre sous fifres, quitte à acheter certaines voix pour faire pencher la balance en sa faveur..
Et c'est là que le talent de Spielberg entre en scène. On ne va pas se mentir, le film est bavard. très bavard. On ne va pas souvent sortir des bureaux et du parlement. ça aurait pu être chiantissime, mais le film est emballé avec une classe folle et des plans magnifiques qui donnent souvent l'impression de ressembler à des tableaux. Les dialogues s'enchaînent, virant parfois au ping pong entre partisans de tout bord.
J'en profite pour préciser que dernièrement, on a aussi eu droit à ce genre de débats sur l'égalité, les droits des hommes des femmes etc....c'est marrant comme un film peut résonner de manière très contemporaine , même si les idées et les préjugés ne sont pas les mêmes..
Le film dure quand même 2h45, ça passe néanmoins comme une lettre à la poste. On a beau savoir comment ca va se terminer, on se demande vraiment comment Lincoln, serieusement mal barré à un moment va remonter la pente. et c'est dans des moments comme ça que Spielberg fait prendre l'air à son histoire. Dans tous les sens du terme. je vous ai mentionné le fait que Abe ( c'est moins long à écrire que Lincoln) avait tenté d'acheter des voix. Mais pour cela il dépêche des émissaires. 3 bras cassés chargés de faire les yeux doux aux futurs votants. ils sont chargés de quadriller les états récalcitrants pour conquérir les voix, en échange d'un bon poste au gouvernement. leur scènettes sont vraiment réussies, grâce notamment à leur interprètes ( James Spader, John Hawkes..) à fond dans la dérision.
Toujours concernant le scénario, autant dégager immédiatement le point noir du tableau.
La vie privée d'Abe. Si l'on sait que sa femme est folle, il n'était pas nécessaire de passer 15 min à montrer une engueulade en chambre, scène jouée tout en non retenue par Sally Field, ne faisant qu'expliciter ce qu'on avait déja cru comprendre 1h avant.
Même chose pour Son fils aîné, joué par Joseph gordon levitt, dont la présence n'est justifiée ici que pour accentuer le trauma de la mère.
Des fois le texte suffit j'ai envie de dire..
profitons en pour parler du casting. Daniel Day-lewis, qui encore une fois n'a pas volé son Oscar. il est, Abraham Lincoln. et Spielberg, en petit malin qu'il est , le sait très bien. et il en joue d'entrée de jeu, dès la première scène qui nous montre deux soldats un noir et un blanc, (joué par dane deHann, déjà vu dans " Chronicle"..spielberg et ses seconds rôles..j'y reviens après) s'adresser à Abe. jamais le contre champs d'un dialogue n'aura mis autant de temps à se dévoiler.
Chaque mot, chaque phrase est récité par Day Lewis, interprétant de manière hallucinante ce grand homme, à la fois sévère, persuasif, lâche parfois ( surtout en deuxième partie de film avec ses combines de vote) et drôle.
Son talent conjugué à celui de Spielberg nous offre des scènes puissantes, surtout dans la séquence du vote final, ou plutôt que de nous montrer le décompte des voix et donc la victoire du " yes", Spielberg nous montre un homme simple, superstitieux, préférant tuer le stress et la peur en passant son temps à jouer avec son fils. et ce sont les cloches de l'église qui lui annonceront la victoire.
Aux côtés de DDL, on retrouve donc Sally Field, qui écope d'un rôle assez ingrat, celui de la femme folle à lier , et qui le sait très bien ( son dialogue en calèche en fin de film est d'ailleurs assez révélateur) , et Tommy Lee Jones, dans un rôle assez peu sympathique, puisqu'il est le personnage qui résume à lui seul le concept parfois nécessaire du " reculer pour mieux sauter", ce qui vaut à son personnage une volée de bois vert lors d'un interrogatoire musclé au sénat. l'antipathie et le reniement pour accéder à la liberté de l'Autre.
je parlais des seconds rôles, Spielberg a bien choisi ses acteurs, pas un visage ne défile sans qu'on se demande " mais où je t'ai vu toi..?" ( y a même un évade de "the shield", il porte super bien le chapeau de paysan)
un mot quand même sur la mise en scène de Spielberg. " War horse" , bien que culcul la praloche par moment, contenait des scènes rappelant constamment qui était aux commandes, des plans séquence de ouf ( le canasson prenant la fuite dans les tranchées) et une photo à tomber.
Pareil ici, Spielberg assure derrière la caméra, et comme très souvent dans ses films,c'est Janusz Kaminski qui est ici à la photo, éclairant chaque scène de bureau comme des tableaux, et faisant éclater la lumière dans les scènes d'exterieur, opposant parfois une lumière éblouissante à des images violentes ( la découverte de Lincoln jr des charniers) , faisant également ressortir des couleurs vives et chaleureuses en fin de métrage ( plan iconique du capitole, pelouse verte, ciel bleu et pluie de chapeaux noirs), et passant aux limites du sépia en fin de course lors du dernier discours de Abe. comme une vieille photo d'archive...
John Williams est à la musique. Bon ce ne sera pas son album de la décennie, se contentant d'illustrer les images, c'est bien mais bon,...on est loin de ses partitions pour " Schindler", quitte à rester dans l'Historique.
Pour conclure, on pourra toujours reprocher à Spielberg un manque de finesse parfois, faisant dangereusement flirter le film avec le pathos et le tire larme facile ( le racisme c'est mal) , et d'en rajouter parfois des caisses, sans que cela soit nécessaire.( le film aurait très bien pu se terminer sur le discours de Abe, son assassinat étant des plus inutiles , amenant un côté " tout se paye!" malvenu au final), mais ce genre de grief n'est rien comparé au magistral cours d'Histoire de Spielberg, qui donne vraiment envie de se replonger dans cette partie méconnue de l'Histoire des Etats-Unis
"Do you think we choose the times into which we are born? Or do we fit the times we are born into?"

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire