vendredi 1 mars 2013

Tribune : Die Hard 5

"Die Hard 5 : Belle journée pour mourir" de John Moore. 
Genre: Action...destruction de franchise.
Durée: 1h30 grand max.




Avant de commencer à donner un avis sur cette chose, un petit retour dans le temps pour se rafraîchir la mémoire.

En  1988, sortait "Piège de cristal" (Die Hard) réalisé par John McTiernan.
On y découvrait les (més)aventures de John McClane, Flic de son état, venu rendre visite à sa femme pendant les fêtes de Noël. Il se retrouvait coincé dans un immeuble, aux prise avec Grubber, cambrioleur et preneur d'otage.
Il aura suffit d'un film pour créer le mythe McClane, superhéros en marcel, toujours au mauvais endroit au mauvais moment (et au passage, confirmer le talent de McTiernan à la mise en scène). Classic movie donc.

2 ans plus tard, Willis retrouve son personnage dans "58 minutes pour vivre", pour cette fois ci se retrouver à jouer les héros dans un aéroport sous contrôle... Il confirme le nouveau statut de héros de McClane, toujours embarqué dans des galères pas possible, mais toujours victorieux à la fin.
Certes ce n'est pas McT à la caméra, mais Renny Harlin assure quand même à la réalisation, livrant un film d'action efficace.

Enfin en 95, sort "Une journée en enfer", avec McT de retour derrière la caméra ; et là, les retrouvailles McT/Willis sont explosives, offrant une suite directe à Die Hard premier du nom, et également un film dont l'action ne s'arrête jamais. C'est simple, ça rappelle le "Indiana Jones et le temple maudit" et son action non stop. Jeremy Irons et Samuel L. Jackson sont de la partie pour livrer ce qui restera comme un actioner de référence des 90's.
Simon says...

Et là on se dit, on ne devrait toujours que se limiter à des trilogies... Spielberg, on pense à toi...

Durant les 2000's des rumeurs courent sur un retour de McClane, tout est dit et surtout n'importe quoi (on aurait même un épisode dans la jungle), et on attend jusqu'à ce qu'en 2006, la nouvelle tombe :
le 4ème épisode de Die Hard s'appellera "Live free and die hard" et sera réalisé par... Len Wiseman.
et on aura droit au retour de... la fille de McClane. (...)
Un film attendu des fans confié à un mec qu'on a découvert avec "Underworld", saga vampirique pas transcendante, et dont le pitch laisse songeur (des pirates informatiques en bad guys... Wow.)
Le film sort en 2007 et là c'est une catastrophe à tous les niveaux. McClane est devenu une parodie de lui même, complètement largué du début à la fin, en mode "trop vieux pour ces conneries". Le bad guy, interprété par l'endive Timothy Olifant est à 1000 lieux de Irons, un caméo pourrave de Kevin Smith, et surtout un enchaînement de séquences toutes plus nazes et mal foutues les unes que les autres




Et là encore c'est léger, après on défonce un hélico à la bagnole de police et on pète une autoroute avec un camion 38t et un avion de chasse.
Un retour en fanfare John...

On aurait pu s'arrêter là. Et bien non, les lois du BoxOffice et l'appel du gain étant ce qu'elles sont, nous sommes en 2013 et voici le dernier (?) volet des aventures de John McClane.

Déjà pour commencer, l'histoire en quelque mots. Il en faut pas plus d'ailleurs.
John Jr est en prison en Russie. John veut le voir avant sa condamnation. Attentat pendant le jugement. Jr s'évade. Mais John a des trucs à lui dire. Et ce ne sont pas des terroristes qui vont l'en empêcher.

Voilà. Déjà là ça sent pas bon. Et le traitement qui suit est à l'avenant. Pendant 1h30 (oui ça peut paraître ridicule comme durée, ça passe d'autant plus douloureusement qu'on passe son temps à regarder sa montre, se demandant si c'est normal que tout aille aussi rapidement), on va avoir des tonnes de clichés sur les relations difficiles père/fils, l'absence de communication, les non-dits, les rancœurs etc... Avec toute la finesse qu'on est en droit d'attendre vu le contexte. Déblatérées par un Willis qui a l'air paumé au milieu de cette foire, les répliques ne seraient rien sans son principal interlocuteur. Son fils. Interprété par Jai Courtney, armoire à glace mono expressive vu notamment dans la série " Spartacus". Endive au charisme approximatif, aussi impliqué que Willis s'en fout. Nos deux compères vont donc aller péter du terroriste russkov, bravant les pires épreuves que le scénario indigent leur mettra sur la route. Notamment un hélico multicolore. J'y reviendrai. En parlant d'épreuve, un mot sur le bad guy, tellement pourri qu'on va pas s'éterniser dessus. Joué tout en excès par Cole Hauser, complètement à l'ouest.

Pour les fans de Mary E. Winstead, elle apparait 2:30 dans le film. Petit rayon de soleil noyé dans un océan de téstostérone. C'est simple, l'autre personnage féminin est une traitresse qui joue aussi mal que les autres.

Assez parlé du scénario, attaquons le plat de résistance : le réalisateur et la mise en scène.
Le réalisateur John Moore.


Le grand responsable de cet affront


Vous ne le connaissez pas? Tant mieux. Pas grand chose à sauver de sa filmo. C'est simple, allez sur IMDB, regarder son cv, c'est rigolo, à chaque film on peut dire : "Ah oui je l'ai vu çui-là. C'est nul". Dans le désordre
"Max Payne", "Le dernier vol du Phoenix", "En territoire ennemi" et le remake de "La malédiction".

Cet homme est un tâcheron. Un joker, un dernier recours si vous préférez. Un homme qu'on appelle quand tout le monde a refusé un projet (on peut les comprendre) ; ça le rapproche beaucoup de Brett Rattner à ce niveau (Remember "X men 3"), pas forcément doué avec une caméra, mais assez servile pour ne pas emmerder le monde avec des questions de budget, scénar...

Bref, il est l'antithèse, à tous les niveaux mais surtout qualitatif, d'un McTiernan. Là ou ce dernier, même dans ses mauvais films, maîtrisait l'espace et le grand angle, Moore enchaîne les fautes de goût et les choix de mise en scène dégueulasses.
In-foutu de filmer une scène d'action comme il faut, le film ressemble à un métrage réalisé au montage. On a droit à une course poursuite comme ceci (pour simplifier) : voiture-----véhicule militaire-------camionnette. Commençant en agglomération pour finir sur le périphérique.
10 minutes de non mise en scène.
On a l'impression que Moore a filmé 2300 plans et qu'il a tout refourgué à son monteur : "Vas-y, démerde toi". Alors certes les rushes devaient pas être fameux, mais le monteur a aussi fauté. Je vous mets au défi de me dire ce qui se passe à l'écran. C'est bordélique, en plus les véhicules se doublent, on perd ses repères d'un plan à l'autre...
Le monsieur a aussi des tics de mise en scène, sans doute chopés sur "Max Payne", dont un qui revient surtout à la fin : le slow motion à travers baie vitrée. Si, je vous jure, ça revient au moins 3 fois en moins de 20min. Pourquoi pas après tout?... Au moins on a le temps de voir que c'est pourri.
Moore s'emmerde pas. Comme il a pas d'idées de mise en scène, ben il en pique aux autres. C'est moche, c'est retapé avec des SFX moches à s'en péter les yeux mais on s'en fiche, ça donne du rythme... Ah ben nan, même pas. Il pompe notamment Francis Lawrence et son "I am legend" et son plan dit du "On saute par la fenêtre a travers la vitre, et tout en un seul plan siouplé...".
Sauf que Moore, il arrive à le rendre encore plus moche.
Je passerai sous silence la scène dite de la salle de bal. Grand moment de WTF filmique, où deux mecs se tirent dessus, et se loupent. Ils sont à 2 m l'un de l'autre....

Un petit mot sur la photo, à chier aussi. On use et abuse des lens flare dès qu'une lampe s'allume. C'est gratos et en plus ca fait genre je suis technicien aussi tu vois... Au fait, un lens flare c'est ça :
(merci à JJ Abrams, qui aime bien ça aussi. mais il gère mieux que l'autre handicapé)




Et puis, c'est simple, pour les scènes en extérieur, on aura du gris moche, et pour les intérieurs... Ben c'est laid. Pas descriptible. Juste laid.

On touche le fond dans la dernière partie du métrage qui amène nos amis...

SPOILERS ALERT //

... à Tchernobyl! Oui. Toutafé. Je ne m'éterniserai pas sur le pourquoi du comment, mais pour rester dans le technique, on a un best of des 80 minutes qui ont précédé. Un best of. Un pot pourri. Bien pourri. Moore lâche la rampe, et part dans tous les sens (twist pourri inside), ignorant toute règle de bon sens (c'est plus une centrale, c'est un hangar de stockage Stugard : t'as une clé tu rentres) et de logique (tout le monde déboule à la centrale avec des combis de protection avec des camions protégés. McClane il se pointe en Volvo et en veste cuir. Normal quoi.) et surtout nous livrant une scène d'action avec un hélicoptère mitrailleur, qui change de couleur d'un plan à l'autre ( vert kaki/noir /gris/ vert gris).
Au passage, vous aurez les blue screens les plus hideux de l'année.


L'image rend encore moins bien sur grand écran, au fait.

Le film s'achève sur un plan absolument gerbant, avec la McClane family sur un soleil couchant, très pub MMA dans l'esprit.

// FIN SPOILERS

Rien à sauver de ce film... Et encore, le score de Beltrami. Obligé de donner par le score une action et un dynamisme qu'on aura jamais à l'écran.




Pour ceux qui en voudraient encore plus, sachez que Moore vous prépare une version uncut de son film. Donc vous aurez peut être la chance de voir cette scène en entier.


Elle dure plus longtemps dans le trailer que dans le film...


Je pourrais lister encore plein de défauts à ce film, mais bon j'ai mieux à faire, et puis taper sur Die Hard 5, c'est un peu comme tirer sur une ambulance coincée sur une voie ferrée. 

Sur ce je vous rappelle que les premiers volets sont dispos partout pour que dalle avec tout plein de bonus sympatoches.
Je vous recommande d'ailleurs le "Die Hard" originel, avec le commentaire audio de McTiernan, 2h de leçon de mise en scène magistrales ("One shot, one idea. Simple").

Romain


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