Ah, le BIFFF…
Historiquement, mon premier et
sans doute mon Festival de ciné Fantastique (de ciné tout court, en fait)
préféré. Une ambiance unique, qu’il faut avoir déjà vécue pour
comprendre de quoi je parle !
C’est en effet toute une
expérience en soi d’oser pénétrer dans l’imposant hangar de Tours&Taxis,
transfiguré pour l’occasion, pour se fondre dans cette foule peuplée de fans,
souvent grimés - de façon pro ou amateur – en zombies et autres créatures quant ils ne
sont pas bodypaintés de la tête aux pieds et/ou
errants sur échasses au travers des badauds...
Le BIFFF, c’est aussi la Troll
qui coule à flots, la salle de projection (immense et spacieuse), les tonnes de
private jokes entre habitués, gueulées au début, mais surtout pendant les
films… la chaleur humaine & l’humour des belges !!
Cette année, le BIFFF (Brussels International Fantastic Film Festival, baille ze ouais) a 30 ans -remarquable
longévité, au passage- et a étendu ses oripeaux funèbres du 5 au 17 avril 2012.
>> Tout ce que vous avez besoin de savoir, et bien plus encore se trouve z'ici. <<<
En ce qui me concerne, c’en fut ma
4ème édition consécutive. Certainement pas la dernière.
Petit compte-rendu du second et
dernier week-end de réjouissances par votre serviteur.
| L'épicentre des réjouissances : Tour & Taxis |
Notre périple commence par une inquiétante soirée d’avril…
Hindsight, Lee Hyun-Seung
Song Kang-Ho est devenu depuis
quelques années un acteur incontournable de ce qu’il convient d’appeler dans
les milieux autorisés, la Nouvelle Vague
(prononcer à l’anglaise, ou bien dire New
Wave à la française…) des polars coréens. Très français, ça, de tout nommer
« Nouvelle Vague » dès qu’un mouvement cinématographique, musical,
pictural point à l’horizon – et tant pis si ça accuse déjà plusieurs dizaines
d’années au compteur…
Bref, un mouvement de polars
coréens contemporains hard boiled, d’une noirceur abyssale mâtinée de violence
qui fait très mal et surtout, la plupart du temps, géniaux.
Et Song Kang-Ho est devenu au fil
des collaborations avec plusieurs des acteurs majeurs une figure incontournable
de ce mouvement (fidèle de chez Park Chan-Wook, Kim
Jee-woon ou Bong Joon-Ho avec qui il tourne actuellement un film de SF en
langue anglaise).
Hindsight, possède a priori un
pitch de départ relativement classique, jugez Pluto (je m’en lasse pas de ce
jeu de mot pourri) : Doo-Hyeon, un brave monsieur un peu gauche, rencontre
lors de cours du soir de cuisine la jeune et jolie mais distante Se-Bin, de qui
il va naturellement tenter de se rapprocher. Malgré les apparences, Doo-Hyeon
est en fait un parrain de la mafia locale retiré prématurément des affaires, et
Se-Bin, une jeune poisseuse s’étant mis dans la mouise vis-à-vis de la même
mafia, et qui va devoir malgré elle, afin de racheter sa dette, se débarrasser
de Doo-Hyeon, ce dernier n’étant pas si maladroit qu’il veut bien le montrer
avec un couteau. Bref : romance contrariée, gangsters bien sapés, intrigue
tortueuse et couteaux qui coupent… Rien que des thèmes bien classiques pour
illustrer un énième neo-polar du pays du matin calme (mais on ne s’en lasse
pas !).
Or, la particularité de ce film
est qu’il est contre toute attente très « lumineux » (pour un film de
ce genre, s’entend, c’est pas non plus Intouchables…
qui est loin d’être lumineux, au passage).
Grands espaces ensoleillés de
bord de mer, blancheur de la cuisine et des intérieurs où l’on ne cesse de se
retrouver, jusqu’à un final dont je tairai naturellement la teneur, à 100
lieues de ce à quoi ce cinéma nous avait habitué. L’imagerie même de ce film
semble en effet vouloir imposer au spectateur un contre-pied rafraichissant…
Tout en respectant le quota de scènes choc et brillamment mises en scène,
rassurez-vous.
Hormis cela, plusieurs scènes
choc, mettant intelligemment en scène la topographie des lieux viennent rythmer
de fort belle manière un récit que d’aucuns pourront trouver un peu bavard,
voire passablement confus à se mettre en place.
Dernière chose : ce film
donne faim !
Rendez-vous le lendemain, samedi,
pour une petite journée Marathon !
| ... mais avant, une petite Troll! |
Poongsan, Juhn Jaihong
Encore du très bon polar coréen.
L’homme que l’on nomme Poongsan
est un passeur. Moyennant finances, il franchit au péril de sa vie le no man’s
land, la zone hautement militarisée séparant les 2 Corées, afin de porter
« de l’autre côté » des documents, des messages filmés, des chouquettes… voire des personnes.
Malgré sa discrétion, son efficacité
extrême et son professionnalisme rendent rapidement ses services
incontournables. Jusqu’à intéresser les services secrets sud-coréens, qui vont
faire appel à lui pour rapatrier In-ok, la jeune femme d’un important dissident
qu’ils détiennent, condition qu’il a posée afin de se mettre à table. Une fois
sa mission bon gré mal gré accomplie (ce qui ne se fit pas sans heurts, la
charmante donzelle étant aussi peu commode que reconnaissante), Poongsan se
fera trahir par ses employeurs –classique…
salauds d’employeurs !- au moment où In-ok, finalement concernée
par le funeste destin de ce pauvre diable (en même temps qu’elle retrouvera à
son vieux connard de mari !) s’éprendra de lui – classique aussi !
C’est en effet à une histoire
d’amour fulgurante, extrêmement poignante que nous confronte ce film, entre une
femme et son sauveur, un être d’exception pris au piège au sein d’une situation
politique sans issue.
Un homme totalement mutique (mais
pas muet), sans camp ni patrie, sans même un nom (« Poongsan » n’est
autre que la marque de ses cigarettes), redoutable une fois en action… mais nullement
invincible face à l’hypocrisie, l’aveuglement et la folie des employeurs auquel
il sera confronté -le prenant tour à tour pour un espion ennemi- méfiants
envers son efficacité quasi-surnaturelle.
De par ce qu’il est, il ne
trouvera jamais de répit à moins de disparaître…
L’image du conflit Nord/Sud
coréen culmine d’ailleurs lors de cette scène, aussi sinistrement comique que
désolante, dans laquelle sont enfermés dans un sous-sol isolé les uns après les
autres, des espions provenant de part et d’autre de la frontière, tour à tour
en sous puis surnombre, auxquels on fournira bientôt des armes… Parfaitement
symbolique de la bêtise et de la belligérance de ces hommes, qui ont le choix
entre s’entraider ou s’entretuer.
A ce titre, le destin que
connaîtra Poongsan sera lui-même on ne peut plus symbolique.
Je vous encourage chaudement à le
découvrir.
| Un charmante hôtesse d'accueil : à l'avenant de l'ambiance générale!... |
Retreat, Carl Tibbetts
Ce premier film se plie de
manière fort efficace à l’inénarrable exercice du huis clos.
Trois (très bons) acteurs :
deux d’entre eux forment un couple qui ne marche visiblement plus très
fort depuis un moment tentant, bon gré mal gré, une ultime réconciliation sur
leur lieu de leur lune de miel. L’homme est plutôt du genre effacé, voire
victime ; la femme, plutôt forte en gueule et en tempérament.
Le 3ème larron, plus
tellement Billy Elliott, ni vraiment Tintin numérique perfcapturé mais réellement crédible et carrément
flippant, campe un bidasse du genre allumé de la houppette.
Placez le tout sur une île bien
coupée du monde comme il faut, avec la CB en rade et tout (petit budget ?)
et… kiffez !
Une intrusion aussi inopinée
qu’encombrante.
Un soi-disant virus pandémique
bien chanmé qui décime la population mondiale à vitesse grand V. Une
quarantaine forcée à même la maisonnée…
Info ou intox ?
Ange de miséricorde surentraîné
ou vrai parano instable et prêt à tout ?
La mise en place des éléments,
bien que simple, s’avère implacable. Les alliances se font et se défont, les
péripéties s’enchaînent. Le doute s’installe, rapidement talonné par la
trouille.
Et la tension monte, monte…
Bref, ce film au scénario futé maîtrise
très bien les artifices du suspense et le rythme qui y est inhérent, le tout
reposant confortablement sur les épaules de ses interprètes, tous impeccables
(le couple meurtri est très touchant).
Même le twist final (car il y en
a un) fonctionne plutôt bien.
Petit thriller tout à fait
recommandable que ce Retreat, au
final.
| Le staff, ready pour le Bal des Vampires! |
Children who chase lost voices from deep below (a.k.a Hoshi O Ou Kodomo, voire Voyage vers Agartha en VF, à
sortir prochainement… en DTV), Makoto Shinkai
Avec tout le respect dû aux films
de Miyazaki et du studio Ghibli en général, j’ai le plus grand mal à m’en
enfiler plus d’un par an. C’est comme ça (et bien sûr, ça n’engage que moi – et
mes nombreux adorateurs…).
C’est certes souvent magnifique
et enchanteur, doté d’une esthétique et d’une animation irréprochable, au
service de grands thèmes universels tout en délivrant un message écolo fort
louable… mais merde, j’ai presque l’impression de toujours voir le même (et
j’avoue m’être fait chier devant Princesse
Mononoke) et j’ai beauuucoup de mal avec le côté kawaii omniprésent.
Ceci étant dit, c’est donc plus
ou moins vierge et décrassé de tout relent Ghibliesque (je ne saurais dire à
quand remonte le dernier que j’ai vu) que j’ai abordé ce long métrage
d’animation qui n’a peut-être rien à voir avec le studio du papa de Totoro mais
qui pourtant s’en rapproche par de nombreux aspects… Et cela pour le meilleur.
Il nous narre les aventures d’Asuna,
jeune fille « modèle », vivant seule dans sa maison depuis la
disparition de son père. Elle garde néanmoins en souvenir de lui un étrange
tourne-disque capable de capter des bruits inaudibles à l’œil nu (?) flottants
dans l’atmosphère, qu’elle se plait à aller écouter, seule, perchée dans un
endroit qui surplombe la vallée où elle habite.
Autant dire que jusque là, tout
est normal.
Mais un jour, elle est agressée
par une espèce de monstrasse baveux et sauvée in extremis par un charmant jeune
homme étrangement vêtu. Le garçon disparaitra peu après, comme il venu, non
sans apprendre à la fillette qu’il vient d’une sorte de monde parallèle nommé
Agartha, une sorte d’univers enchanteur
très courtisé des Hommes, où l’on possède la connaissance permettant de ramener
des personnes à la vie, et pour lequel il se trouve qu’il y a justement une
porte, planquée, dans le coin. Mais à l’écart duquel elle doit naturellement rester !
Il dit ça, il dit rien, le type…
Forcément, notre petite Asuna va
tenter le voyage en terre Agarthaïenne, accompagnée dans ce périple
on-ne-sait-trop-pourquoi par son instituteur, grand homme taciturne fraichement
débarqué, qui semble beaucoup s’intéresser à Asuna (en tout bien tout honneur),
et pleurant lui aussi sa femme récemment disparue.
Le monde « de l’autre
côté » s’avère réellement magnifique, paysages utopiques chatoyants,
parfois vertigineux. La qualité graphique de cet OAV est réellement époustouflante,
mais malgré de nombreuses plages contemplatives, l’action (en général très bien
troussée) n’est pas en reste, Agartha recélant bien des dangers…
En effet, cette quête initiatique
passera par bien des épreuves, aussi bien physiques (avec des sortes d’ennemis
rampants craignant la lumière du soleil, très flippants) que spirituelles, la
jeune Asuna et son compagnon devant littéralement s’accomplir pour parvenir au
bout de ce pour quoi ils ont entamé ce voyage. Et c’est là qu’on atteint selon
moi la véritable force de ce film : les thèmes qu’il brasse étant rien de
moins que le deuil d’un être cher, le choix et le sacrifice, la corruption et
le penchant sombre dans le cœur de chaque homme.
Une portée universelle,
étonnamment forte et bouleversante au service d’un spectacle enchanteur total,
qui fera pardonner les quelques débordements kawaii, inévitables il faut
croire, de ce genre de conte.
… S’ils sont de cette trempe, il
faut rapidement que je me mate La tour
au-delà des nuages & 5
centimètres par seconde !
| Présentation d'un film par le Monsieur Loyal maison...à noter que cette année, le logo du BIFFF était l’œuvre du grand Hugo Pratt |
J’ai ensuite zappé Iron Sky, beaucoup trop surfait pour mes
goûts délicats…
>Je déconne, je suis encore
vert de l’avoir raté dans ce qui se présentait comme les conditions idéales
pour ce genre de film : entouré de BIFFFeux surexcités !
… C’est bien la première fois que
je vois une séance complète là-bas (et ce, plusieurs jours à l’avance !!).
Histoire de terminer la soirée
avec 2 bons gros nanars bien gras... J’ai nommés :
Elevator, Stig Svendsen
Allez, le pitch : un
ascenseur, une poignée de blaireaux coincés dedans, une bombe. Fiiiiiin !
Film au concept
rigolo/casse-gueule (je ne connais ni L’Ascenseur
(De Lift), Grand Prix à Avoriaz en
84, comme quoi, ni son remake 18 ans plus
tard -bizarrement, grand oublié de la filmo de Naomi Watts !- ni même le Devil, à la réputation peu flatteuse,
sorti l’an dernier), ce film compile les mauvaises idées, à commencer par un
cast (forcément réduit) stéréotypé à en vomir. Sans déconner : la vieille
raclure de PDG plein aux as et son insupportable petite-fille, le comique feuj
cynique, le couple beaux gosses, la blonde enceinte (qui, naturellement, est
l’amante du beau-gosses sus-cité), le gros qui transpire, la grosse trop
maquillée et l’agent de sécurité maghrébin. On les a tous, non ? Ah,
manque le jeune asiatique calé en bidouilles électroniques et une vieille
évangéliste cul-serré pour compléter ce tableau de joyeux clichetons… en même
temps, on est dans un ascenseur : les murs sont pas extensibles.
Bref, le film est moche (bon…
unité d’espace et éclairage cru : on pardonne ; mais même si le film
n’a, j’imagine, pas du coûter bien cher, le tout donne une franche impression
de cheap), franchement mal écrit (une succession de sous-intrigues maladroites
et totalement inconséquentes censées relancer l’intérêt ; la blonde,
enceinte, doit absolument se soulager et le fait dans son sac à main… OK. Mais
pendant tout le reste du film, à aucun moment on ne s’inquiètera de shooter
dans un sac plein de pisse posé au sol !) et mal interprété (tous en font
des caisses) avec à peu près rien comme idées de mises en scène… Vous allez me
dire « Pas facile, dans un ascenseur ! ». Certes, mais un
certain Rodrigo Cortés s’en sortait quand même autrement mieux il y a peu avec…
un Ryan Reynolds et un cercueil ! (ce qui, l’un comme l’autre, n’aident
pas)
Mais surtout, ce film possède la
fin (et donc, la… Morale ?) la plus CON que j’aie pu voir depuis
longtemps !
Il faut le voir pour le
croire !!
Enfin,
il « faut » le voir… Faut pas exagérer non plus.
| Atelier make-up, l'usine à gentils zombinounets... |
Panic Button, Chris Crow
Le dernier film de la journée est
souvent paradoxalement le plus dur à se rappeler… Surtout quand il est du
niveau de Panic Button !
Un concept cross over de torture
porn (à la Saw) dans un avion, ça intéresse quelqu’un ?
Moi non plus, pas tellement… d’autant
plus –et c’est franchement dommageable, limite ballot- que le fait d’être dans
un avion n’apporte au final, hormis l’aspect huis-clos évident, franchement pas
grand-chose au récit.
Quatre individus (2 gars, 2
filles, tous relativement insupportables), accrocs à un Facebook-like, ont été
sélectionnés par leur réseau social favori pour remporter un voyage vers une
destination inconnue. Pour cela, ils devront s’affronter lors des phases
finales à même l’avion en vol, au travers d’épreuves mystérieuses. Mais les
motivations de l’invisible maître de cérémonie
régissant ce concours vont s’avérer aussi dérangées que nos 4 amis sont excités
de la fesse : après les avoir humiliés en révélant tour à tour leurs
petits secrets les plus honteux, il va rapidement passer la seconde en menaçant
directement leurs proches en live (par moniteurs vidéo interposés) et en
n’hésitant pas à les charcuter en cas de mauvaise réponse ! V’là
l’ambiance.
Bon, ne soyons pas bégueule, le
tout se regarde sans trop de déplaisir (à conditions à la fois d’être fan du
genre et… de ne pas en avoir trop vu du même genre, justement !) et
s’oublie assez vite, comme un bon divertissement samedisoiresque.
Reste que le dénouement se prend AMHA
un peu trop au sérieux pour convaincre en voulant presque nous faire réfléchir
sur la notion de pardon et de vengeance.
Réfléchir. Un samedi soir…
Pfff !
Excellent rapport.
RépondreSupprimerJ'aime bcp ton intro. Je te rejoins pour tes critiques sauf pour Elevator :-)
Plus de photos, peut-être de toi ici : http://www.flickr.com/photos/charles_six/collections/72157629766423909
Ah ah, je m'en materai bien quelques uns dans cette liste, t'es un bon vendeur ^^
RépondreSupprimer