jeudi 10 mai 2012

30ème BIFFF (5 au 17 avril 2012)


Ah, le BIFFF…
Historiquement, mon premier et sans doute mon Festival de ciné Fantastique (de ciné tout court, en fait) préféré. Une ambiance unique, qu’il faut avoir déjà vécue pour comprendre de quoi je parle !
C’est en effet toute une expérience en soi d’oser pénétrer dans l’imposant hangar de Tours&Taxis, transfiguré pour l’occasion, pour se fondre dans cette foule peuplée de fans, souvent grimés - de façon pro ou amateur –  en zombies et autres créatures quant ils ne sont pas bodypaintés de la tête aux pieds et/ou errants sur échasses au travers des badauds...
Le BIFFF, c’est aussi la Troll qui coule à flots, la salle de projection (immense et spacieuse), les tonnes de private jokes entre habitués, gueulées au début, mais surtout pendant les films… la chaleur humaine & l’humour des belges !!

Cette année, le BIFFF (Brussels International Fantastic Film Festival, baille ze ouais) a 30 ans -remarquable longévité, au passage- et a étendu ses oripeaux funèbres du 5 au 17 avril 2012.
>> Tout ce que vous avez besoin de savoir, et bien plus encore se trouve z'ici. <<< 

En ce qui me concerne, c’en fut ma 4ème édition consécutive. Certainement pas la dernière.
Petit compte-rendu du second et dernier week-end de réjouissances par votre serviteur.


L'épicentre des réjouissances : Tour & Taxis

Notre périple commence par une inquiétante soirée d’avril…

Hindsight, Lee Hyun-Seung
Song Kang-Ho est devenu depuis quelques années un acteur incontournable de ce qu’il convient d’appeler dans les milieux autorisés, la Nouvelle Vague (prononcer à l’anglaise, ou bien dire New Wave à la française…) des polars coréens. Très français, ça, de tout nommer « Nouvelle Vague » dès qu’un mouvement cinématographique, musical, pictural point à l’horizon – et tant pis si ça accuse déjà plusieurs dizaines d’années au compteur…
Bref, un mouvement de polars coréens contemporains hard boiled, d’une noirceur abyssale mâtinée de violence qui fait très mal et surtout, la plupart du temps, géniaux.
Et Song Kang-Ho est devenu au fil des collaborations avec plusieurs des acteurs majeurs une figure incontournable de ce mouvement (fidèle de chez Park Chan-Wook, Kim Jee-woon ou Bong Joon-Ho avec qui il tourne actuellement un film de SF en langue anglaise).

Hindsight, possède a priori un pitch de départ relativement classique, jugez Pluto (je m’en lasse pas de ce jeu de mot pourri) : Doo-Hyeon, un brave monsieur un peu gauche, rencontre lors de cours du soir de cuisine la jeune et jolie mais distante Se-Bin, de qui il va naturellement tenter de se rapprocher. Malgré les apparences, Doo-Hyeon est en fait un parrain de la mafia locale retiré prématurément des affaires, et Se-Bin, une jeune poisseuse s’étant mis dans la mouise vis-à-vis de la même mafia, et qui va devoir malgré elle, afin de racheter sa dette, se débarrasser de Doo-Hyeon, ce dernier n’étant pas si maladroit qu’il veut bien le montrer avec un couteau. Bref : romance contrariée, gangsters bien sapés, intrigue tortueuse et couteaux qui coupent… Rien que des thèmes bien classiques pour illustrer un énième neo-polar du pays du matin calme (mais on ne s’en lasse pas !).
Or, la particularité de ce film est qu’il est contre toute attente très « lumineux » (pour un film de ce genre, s’entend, c’est pas non plus Intouchablesqui est loin d’être lumineux, au passage).
Grands espaces ensoleillés de bord de mer, blancheur de la cuisine et des intérieurs où l’on ne cesse de se retrouver, jusqu’à un final dont je tairai naturellement la teneur, à 100 lieues de ce à quoi ce cinéma nous avait habitué. L’imagerie même de ce film semble en effet vouloir imposer au spectateur un contre-pied rafraichissant… Tout en respectant le quota de scènes choc et brillamment mises en scène, rassurez-vous.

Hormis cela, plusieurs scènes choc, mettant intelligemment en scène la topographie des lieux viennent rythmer de fort belle manière un récit que d’aucuns pourront trouver un peu bavard, voire passablement confus à se mettre en place.

Dernière chose : ce film donne faim !

Rendez-vous le lendemain, samedi, pour une petite journée Marathon !


... mais avant, une petite Troll!

Poongsan, Juhn Jaihong
Encore du très bon polar coréen.
L’homme que l’on nomme Poongsan est un passeur. Moyennant finances, il franchit au péril de sa vie le no man’s land, la zone hautement militarisée séparant les 2 Corées, afin de porter « de l’autre côté » des documents, des messages filmés, des chouquettes… voire des personnes.
Malgré sa discrétion, son efficacité extrême et son professionnalisme rendent rapidement ses services incontournables. Jusqu’à intéresser les services secrets sud-coréens, qui vont faire appel à lui pour rapatrier In-ok, la jeune femme d’un important dissident qu’ils détiennent, condition qu’il a posée afin de se mettre à table. Une fois sa mission bon gré mal gré accomplie (ce qui ne se fit pas sans heurts, la charmante donzelle étant aussi peu commode que reconnaissante), Poongsan se fera trahir par ses employeurs –classique… salauds d’employeurs !- au moment où In-ok, finalement concernée par le funeste destin de ce pauvre diable (en même temps qu’elle retrouvera à son vieux connard de mari !) s’éprendra de lui – classique aussi !
C’est en effet à une histoire d’amour fulgurante, extrêmement poignante que nous confronte ce film, entre une femme et son sauveur, un être d’exception pris au piège au sein d’une situation politique sans issue.
Un homme totalement mutique (mais pas muet), sans camp ni patrie, sans même un nom (« Poongsan » n’est autre que la marque de ses cigarettes), redoutable une fois en action… mais nullement invincible face à l’hypocrisie, l’aveuglement et la folie des employeurs auquel il sera confronté -le prenant tour à tour pour un espion ennemi- méfiants envers son efficacité quasi-surnaturelle.
De par ce qu’il est, il ne trouvera jamais de répit à moins de disparaître…
L’image du conflit Nord/Sud coréen culmine d’ailleurs lors de cette scène, aussi sinistrement comique que désolante, dans laquelle sont enfermés dans un sous-sol isolé les uns après les autres, des espions provenant de part et d’autre de la frontière, tour à tour en sous puis surnombre, auxquels on fournira bientôt des armes… Parfaitement symbolique de la bêtise et de la belligérance de ces hommes, qui ont le choix entre s’entraider ou s’entretuer.

A ce titre, le destin que connaîtra Poongsan sera lui-même on ne peut plus symbolique.
Je vous encourage chaudement à le découvrir.


Un charmante hôtesse d'accueil : à l'avenant de l'ambiance générale!...

Retreat, Carl Tibbetts
Ce premier film se plie de manière fort efficace à l’inénarrable exercice du huis clos.
Trois (très bons) acteurs : deux d’entre eux forment un couple qui ne marche visiblement plus très fort depuis un moment tentant, bon gré mal gré, une ultime réconciliation sur leur lieu de leur lune de miel. L’homme est plutôt du genre effacé, voire victime ; la femme, plutôt forte en gueule et en tempérament.
Le 3ème larron, plus tellement Billy Elliott, ni vraiment Tintin numérique perfcapturé mais réellement crédible et carrément flippant, campe un bidasse du genre allumé de la houppette.
Placez le tout sur une île bien coupée du monde comme il faut, avec la CB en rade et tout (petit budget ?) et… kiffez !

Une intrusion aussi inopinée qu’encombrante.
Un soi-disant virus pandémique bien chanmé qui décime la population mondiale à vitesse grand V. Une quarantaine forcée à même la maisonnée…
Info ou intox ?
Ange de miséricorde surentraîné ou vrai parano instable et prêt à tout ?

La mise en place des éléments, bien que simple, s’avère implacable. Les alliances se font et se défont, les péripéties s’enchaînent. Le doute s’installe, rapidement talonné par la trouille.
Et la tension monte, monte…
Bref, ce film au scénario futé maîtrise très bien les artifices du suspense et le rythme qui y est inhérent, le tout reposant confortablement sur les épaules de ses interprètes, tous impeccables (le couple meurtri est très touchant).
Même le twist final (car il y en a un) fonctionne plutôt bien.
Petit thriller tout à fait recommandable que ce Retreat, au final.


Le staff, ready pour le Bal des Vampires!
 
Children who chase lost voices from deep below (a.k.a Hoshi O Ou Kodomo, voire Voyage vers Agartha en VF, à sortir prochainement… en DTV), Makoto Shinkai
Avec tout le respect dû aux films de Miyazaki et du studio Ghibli en général, j’ai le plus grand mal à m’en enfiler plus d’un par an. C’est comme ça (et bien sûr, ça n’engage que moi – et mes nombreux adorateurs…).
C’est certes souvent magnifique et enchanteur, doté d’une esthétique et d’une animation irréprochable, au service de grands thèmes universels tout en délivrant un message écolo fort louable… mais merde, j’ai presque l’impression de toujours voir le même (et j’avoue m’être fait chier devant Princesse Mononoke) et j’ai beauuucoup de mal avec le côté kawaii omniprésent.
Ceci étant dit, c’est donc plus ou moins vierge et décrassé de tout relent Ghibliesque (je ne saurais dire à quand remonte le dernier que j’ai vu) que j’ai abordé ce long métrage d’animation qui n’a peut-être rien à voir avec le studio du papa de Totoro mais qui pourtant s’en rapproche par de nombreux aspects… Et cela pour le meilleur.

Il nous narre les aventures d’Asuna, jeune fille « modèle », vivant seule dans sa maison depuis la disparition de son père. Elle garde néanmoins en souvenir de lui un étrange tourne-disque capable de capter des bruits inaudibles à l’œil nu (?) flottants dans l’atmosphère, qu’elle se plait à aller écouter, seule, perchée dans un endroit qui surplombe la vallée où elle habite.
Autant dire que jusque là, tout est normal.
Mais un jour, elle est agressée par une espèce de monstrasse baveux et sauvée in extremis par un charmant jeune homme étrangement vêtu. Le garçon disparaitra peu après, comme il venu, non sans apprendre à la fillette qu’il vient d’une sorte de monde parallèle nommé Agartha, une sorte d’univers enchanteur très courtisé des Hommes, où l’on possède la connaissance permettant de ramener des personnes à la vie, et pour lequel il se trouve qu’il y a justement une porte, planquée, dans le coin. Mais à l’écart duquel elle doit naturellement rester !
Il dit ça, il dit rien, le type…
Forcément, notre petite Asuna va tenter le voyage en terre Agarthaïenne, accompagnée dans ce périple on-ne-sait-trop-pourquoi par son instituteur, grand homme taciturne fraichement débarqué, qui semble beaucoup s’intéresser à Asuna (en tout bien tout honneur), et pleurant lui aussi sa femme récemment disparue.

Le monde « de l’autre côté » s’avère réellement magnifique, paysages utopiques chatoyants, parfois vertigineux. La qualité graphique de cet OAV est réellement époustouflante, mais malgré de nombreuses plages contemplatives, l’action (en général très bien troussée) n’est pas en reste, Agartha recélant bien des dangers…
En effet, cette quête initiatique passera par bien des épreuves, aussi bien physiques (avec des sortes d’ennemis rampants craignant la lumière du soleil, très flippants) que spirituelles, la jeune Asuna et son compagnon devant littéralement s’accomplir pour parvenir au bout de ce pour quoi ils ont entamé ce voyage. Et c’est là qu’on atteint selon moi la véritable force de ce film : les thèmes qu’il brasse étant rien de moins que le deuil d’un être cher, le choix et le sacrifice, la corruption et le penchant sombre dans le cœur de chaque homme.
Une portée universelle, étonnamment forte et bouleversante au service d’un spectacle enchanteur total, qui fera pardonner les quelques débordements kawaii, inévitables il faut croire, de ce genre de conte.
… S’ils sont de cette trempe, il faut rapidement que je me mate La tour au-delà des nuages & 5 centimètres par seconde !


Présentation d'un film par le Monsieur Loyal maison...à noter que cette année, le logo du BIFFF était l’œuvre du grand Hugo Pratt




J’ai ensuite zappé Iron Sky, beaucoup trop surfait pour mes goûts délicats…
>Je déconne, je suis encore vert de l’avoir raté dans ce qui se présentait comme les conditions idéales pour ce genre de film : entouré de BIFFFeux surexcités !
… C’est bien la première fois que je vois une séance complète là-bas (et ce, plusieurs jours à l’avance !!).

Histoire de terminer la soirée avec 2 bons gros nanars bien gras... J’ai nommés :

Elevator, Stig Svendsen
Allez, le pitch : un ascenseur, une poignée de blaireaux coincés dedans, une bombe. Fiiiiiin !
Film au concept rigolo/casse-gueule (je ne connais ni L’Ascenseur (De Lift), Grand Prix à Avoriaz en 84, comme quoi, ni son remake 18 ans plus tard -bizarrement, grand oublié de la filmo de Naomi Watts !- ni même le Devil, à la réputation peu flatteuse, sorti l’an dernier), ce film compile les mauvaises idées, à commencer par un cast (forcément réduit) stéréotypé à en vomir. Sans déconner : la vieille raclure de PDG plein aux as et son insupportable petite-fille, le comique feuj cynique, le couple beaux gosses, la blonde enceinte (qui, naturellement, est l’amante du beau-gosses sus-cité), le gros qui transpire, la grosse trop maquillée et l’agent de sécurité maghrébin. On les a tous, non ? Ah, manque le jeune asiatique calé en bidouilles électroniques et une vieille évangéliste cul-serré pour compléter ce tableau de joyeux clichetons… en même temps, on est dans un ascenseur : les murs sont pas extensibles.

Bref, le film est moche (bon… unité d’espace et éclairage cru : on pardonne ; mais même si le film n’a, j’imagine, pas du coûter bien cher, le tout donne une franche impression de cheap), franchement mal écrit (une succession de sous-intrigues maladroites et totalement inconséquentes censées relancer l’intérêt ; la blonde, enceinte, doit absolument se soulager et le fait dans son sac à main… OK. Mais pendant tout le reste du film, à aucun moment on ne s’inquiètera de shooter dans un sac plein de pisse posé au sol !) et mal interprété (tous en font des caisses) avec à peu près rien comme idées de mises en scène… Vous allez me dire « Pas facile, dans un ascenseur ! ». Certes, mais un certain Rodrigo Cortés s’en sortait quand même autrement mieux il y a peu avec… un Ryan Reynolds et un cercueil ! (ce qui, l’un comme l’autre, n’aident pas)

Mais surtout, ce film possède la fin (et donc, la… Morale ?) la plus CON que j’aie pu voir depuis longtemps !
Il faut le voir pour le croire !!
Enfin, il « faut » le voir… Faut pas exagérer non plus.


Atelier make-up, l'usine à gentils zombinounets...


Panic Button, Chris Crow
Le dernier film de la journée est souvent paradoxalement le plus dur à se rappeler… Surtout quand il est du niveau de Panic Button !
Un concept cross over de torture porn (à la Saw) dans un avion, ça intéresse quelqu’un ?
Moi non plus, pas tellement… d’autant plus –et c’est franchement dommageable, limite ballot- que le fait d’être dans un avion n’apporte au final, hormis l’aspect huis-clos évident, franchement pas grand-chose au récit.
Quatre individus (2 gars, 2 filles, tous relativement insupportables), accrocs à un Facebook-like, ont été sélectionnés par leur réseau social favori pour remporter un voyage vers une destination inconnue. Pour cela, ils devront s’affronter lors des phases finales à même l’avion en vol, au travers d’épreuves mystérieuses. Mais les motivations de l’invisible maître de   cérémonie régissant ce concours vont s’avérer aussi dérangées que nos 4 amis sont excités de la fesse : après les avoir humiliés en révélant tour à tour leurs petits secrets les plus honteux, il va rapidement passer la seconde en menaçant directement leurs proches en live (par moniteurs vidéo interposés) et en n’hésitant pas à les charcuter en cas de mauvaise réponse ! V’là l’ambiance.
Bon, ne soyons pas bégueule, le tout se regarde sans trop de déplaisir (à conditions à la fois d’être fan du genre et… de ne pas en avoir trop vu du même genre, justement !) et s’oublie assez vite, comme un bon divertissement samedisoiresque.
Reste que le dénouement se prend AMHA un peu trop au sérieux pour convaincre en voulant presque nous faire réfléchir sur la notion de pardon et de vengeance.
Réfléchir. Un samedi soir…
Pfff !

2 commentaires:

  1. Excellent rapport.
    J'aime bcp ton intro. Je te rejoins pour tes critiques sauf pour Elevator :-)
    Plus de photos, peut-être de toi ici : http://www.flickr.com/photos/charles_six/collections/72157629766423909

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  2. Ah ah, je m'en materai bien quelques uns dans cette liste, t'es un bon vendeur ^^

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