mercredi 19 décembre 2012

PIFFF : 2ème Edition!

Retour sur le PIFFF, petit festival devenu (plus) grand, tenu du 16 au 25 novembre dernier au Gaumont Opéra, Paris.


John Dies at the end
La Séance d'Ouverture a mis à l'honneur la nouvelle folie du trop rare Don Coscarelli (le papa de la série Phantasm, dont le dernier effort sur grand écran était Bubba Ho-tep, 10 ans déjà…)
Comment qualifier ce script… Joyeusement barré ? Génialement bordélique ?
Un festival ininterrompu d’idées foutraques et jouissives, qu’il serait dommage de spoiler (allez, un peu quand même ; j’suis payé à la ligne, de toutes façons : y sont croisés pêle-mêle un monstre en bidoche, un chien héroïque -encore plus balèze que chez Roland Emmerich- ou un téléphone hot-dog), le tout mené tambour battant dans la bonne humeur générale.


Le jeune David Wong donne rendez-vous à un journaliste (Paul Giamatti, manifestement enjoué d’être là) afin de lui relater les évènements lui étant arrivés ces derniers jours, pensant qu’ils donneraient matière à un bon bouquin. Et pour cause !
Après avoir été mis en contact avec une drogue étrange semblée dotée d’une vie propre, baptisée Soy sauce (soit Sauce Soja… Ah, vous étiez prévenus !), tout s’est mis à aller de travers pour son meilleur ami et lui : hallucinations (ou pas ?), failles spatio-temporelles et ouverture sur des univers parallèles, le tout peuplé d’une galerie de personnages bien azimutés.


 On n’est pas déçus du voyage dans ce tour de rollercoaster débordant d’idées (quitte à en laisser certaines de côté en cours de Grand Huit), malgré une interprétation un peu fade du personnage principal et une facture générale un peu cheap, notamment sur un dernier acte fort ambitieux -mais on n’imagine qu’un film pareil n’a pas dû être des plus faciles à financer- l’enthousiasme procuré emporte plus que largement l’adhésion !


ABC’s of Death
Véritable anthologie du film à sketches (autant de courts que de lettres dans l’alphabet, qui dit mieux ?), un genre décidément très à la mode, comme le montre la sélection du festival (5 films, tout de même), je vais tenter de ne pas trop employer le 1er terme qui vint à la bouche de tout le monde en sortie de salle : inégal.
Evidemment, que c’est inégal, j’ai envie de dire. Vous imaginiez vraiment 26 courts métrages tous d’un niveau de qualité parfaitement semblable ? Bref, ce n’est rien de dire que le tout est donc… inégal (et ça fait d’ailleurs déjà 3 fois que je le dis).
Je me contenterai ici de revenir sur les opus les plus marquants (ou ceux des réals les plus connus ; ouais, je sais, c’est dégueulasse) ; comprendre : ceux dont je me souviens et pendant lesquels je ne pionçais pas, comme durant le Ti West’s, parait-il très en-dessous de ses capacités…
Voyelle : « A for Apocalypse »
Un court aussi surprenant que percutant, de la part du réalisateur ibérique Nacho Viagalondo (l’ultra-maîtrisé Los Cronocrimenes, ou le délirant Extraterrestre, diffusé quasi un an jour pour au PIFFF 1er du nom), il relate avec un humour très noir les derniers instants d’un couple dans lequel tout ne tourne pas vraiment rond. Un jeu de massacre jouissivement malsain !
Consonne : « D for Dogfight »
Sans conteste la perle de cette anthologie. Un combat clandestin à mains nues entre un homme et un chien d’attaque. Le tout au ralenti, sous une lumière superbe. Un véritable morceau de bravoure, par le jeune réalisateur Marcel Sarmiento.


Consonne : « F for Fart »
Besoin de vous faire un dessin ? C’est japonais (Noboru Iguchi à la barre) et ça parle de prouts. C’est en soi un sujet que les japonais maîtrisent assez bien (remember Zombie Ass : Toilet of the Dead). Dans le cas présent, ça a surtout le mérite de ne pas durer très longtemps (contrairement à Zombie Ass : Toilet of the Dead)…
Voyelle : « O for Orgasm »
Dans le genre œuvre cohérente, ce que bâtissent Bruno Forzani & Héléne Cattet se pose là ! Reste que le format court sied de fort belle manière au cinoche expérimental de ces deux-là et à la projection de leurs obsessions fétichistes… Maintenant, reste à savoir s’ils sont capables de nous montrer autre chose que des femmes sous filtres colorés et sur fond noir, qui soupirent de plaisir sur fond sonore de cuir qui craque, quoi.
Consonne : « Q for Quack »
Se pliant à l’exercice certes assez convenu et peu inventif de la-mise-en-abyme-de-l’auteur-qui-n’a-pas-d’idée-pour-son-film, ce segment mérite malgré tout qu’on s’y attarde pour son ton absurde et son humour qui fait mouche, et l’aplomb avec lequel le tout est emballé.
Oh, et ça parle de buter un canard.
Consonne : « T for Toilet »
Petit court en claymotion très cartoon dans l’esprit et très gore, il nous narre de manière fort imagée une peur enfantine toute bête, mais ô combien répandue. Sympa comme tout !
A noter que Lee Hardcastle a remporté avec ce film la place de 26ème réalisateur de cette anthologie (que l’on pourrait également qualifier de « place bouche-trou »…) sur concours.


 Voyelle : « U for Unearthed »
Exercice de style honorablement fichu mais un peu vain quand même de Ben Wheatley (réal. anglais apparu récemment et apparemment oublié très prochainement), d’un démastiquage de vampire par une bande de bouseux en furie… en vue subjective !
Consonne : « X for XXL »
Le nouvel opus du décidément sympathique Xavier Gens, qui prouve que ce dernier manie le gore extrême comme le plus beau et pur des moyens d’expression. Une première partie un peu poussive filmée sans chichi dans les rues de Paris, qui n’est que prétexte à la résolution extrême et morbide de ce mini-drame, résolu au couteau électrique. Une certaine poésie macabre émerge indéniablement du final, au demeurant insoutenable, rappelant un peu celui d’A l’intérieur.


Trailer War
Compilation tout ce qu’il y a de plus brut de décoffrage de bande annonces garanties 100% no fake de vieux films de genre, pour la plupart méconnus ou injustement (?) oubliés, le tout en HD mais en gardant naturellement les rayures et autres traces d’usure des pelloches (voire les coupes abruptes) dans le plus pur style grindhouse. Effectivement, nombre d’entre-elles sont tout simplement hallucinantes et hilarantes !
Dans la mesure du possible, ces vieilles bandes hystériques sont classées par thèmes : SF qui tache, blacksploitation, films de frappe nippons, etc.
Le film idéal pour une soirée bières/chips dans une ambiance survoltée pour amoureux de nanars et autres zèderies, entre moustaches fournies et coupes afros, muscles huilés saillants et grosses pétoires, tatanes dans les gencives et chinois grimaçants, cascades à motos dans un terrain vague et extraterrestres façon Emmaüs… avec en bonus un petit film surprise bien de chez nous dont il serait dommage de révéler la teneur.


Après, à s’enfiler comme ça d’une traite, faut bien avouer que c’est quand même un peu indigeste !
« Qui reveut une Kro, les mecs ? »


V/H/S
Bon alors que les choses soient claires : ces films que je qualifie de « films d’horreur Mtv» qui pullulent depuis quelques années, calibrés pour le teen le plus atrophié du bulbe qui soit, à base de found footage mêlés de jump scares (voire d’une pointe d’images en infrarouge, passque ça donne des yeux flippants, tu vois ?) ça n’est clairement pas ma came. Question d’âge, peut-être, je ne sais pas…
Le mètre-étalon de cette triste mode, revenue en force avec le succès des Paranormal Activity est pour moi l’abominable Grave Encounters, découvert à regret à Gerardmer l’hiver dernier.

« Un conseil : fuyez » aurait fait une accroche publicitaire très vraie, tiens…

V/H/S sonne pour moi comme une confirmation définitive de cette opinion.
Messieurs les producteurs de films dits d’horreur :
les trucages numériques et autres CGI qui tachent, ça ne fait PAS PEUR !
(Rappelez-vous Hantise de Jan de Bont, ses statues qui bougent et ses draps hantés… D’acc?)

V/H/S, c’est le croisement bâta opportuniste de deux tendances du moment dans le ciné de genre/horreur : le found footage et le film à sketches, par 6 réals qui constitueraient soi-disant la nouvelle garde montante du Genre. Et ben…
Il compile donc 5 courts métrages, relié par un fil rouge (ce qui en fait 6, finalement) au concept amusant : une bande de braqueurs amateurs pénètrent par effraction dans une grande bâtisse apparemment vide, à la recherche d’une cassette vidéo particulièrement rare. Ils ne trouveront qu’un cadavre d’homme et un large choix de cassettes, que l’un d’eux visionnera : une VHS = un court.
Le gros problème de ce film vient du concept lui-même : 6 fois 20 bonnes minutes environ par film, quand en plus chaque film est un insupportable POV (les amateurs de sites pornos connaitront la signification de ce terme) tremblotant, c’est un pur calvaire !
Comme je suis magnanime et que, comme vous, j’ai du temps à perdre, en voici tout de même un descriptif :

Le premier -et plus réussi de tous selon votre serviteur- relate les mésaventures de 3 jeunes hommes passablement crétins, disposant d’une paire de lunettes avec caméra embarquée (vous l’aurez compris : c’est d’elle que proviennent les images) qui vont tenter de convaincre à grands renforts de tournées de bières quelques demoiselles esseulées d’embarquer pour un petit rodéo à plusieurs dans une chambre d’hôtel (avant de finir sur youfapfap.com…). Ce qu’ils n’avaient pas prévu c’est que l’une d’elles, la plus étrange du lot, n’est autre qu’une sorte de goule/succube/vampire/pirate-ghost/emo/bonnasse-mais-chelou-quand-même, au look assez cool, il faut l’avouer, mais également assez touchante dans sa relation Amour/prédatrice avec l’infortuné binoclard-caméraman amateur...


Puis vient l’opus de Ti West, décidément pas en forme olympique ces derniers temps (voir ABC’s, plus haut). L’histoire d’un jeune couple qui s’en va faire un trip dans l’Ouest des Etats-Unis (pour leur seconde Lune de Miel mais on s’en fout) et qui, chaque nuit alors qu’ils roupillent dur dans leur chambre de motel, sont visités par une personne fort étrange (vêtue d’un masque, en plus) qui vient leur caresser le cul à l’aide d’un couteau ou encore passer leur brosse à dent contre le rebord des chiottes. Je vous assure. Et naturellement, elle se filme se faisant (sinon, comment pourrait-on savoir ce qui se trame, hein ?). Bref, ça finit mal et comme ça faisait un peu léger, y’a un twist. Le tout est chiantissime au possible. Next.

Encore une bande de djeun’s crétins (décidément… Ca doit être par soucis d’identification du public visé ?) qui partent cette fois-ci faire du camping en forêt. Bref, ils vont se faire zigouiller par une sorte d’entité maléfique impalpable, qui semble liée à l’une des filles ci-présentes, à qui les évènements seraient coutumiers... La particularité de ce boogeyman est qu’à chaque apparition, il fait sauter et saccader image et son, un peu comme un divX mal encodé avec gros pixels qui bavent, ce qui fait qu’on ne le distingue pas bien. Procédé intéressant sur le papier mais plutôt énervant au final. C’est bête, c’est à peu près la seule originalité de ce truc.



Une jeune femme tchate, la nuit, avec son médecin (avec qui elle  semble entretenir une liaison plus que professionnelle) sur Skype, pour lui parler de bruits bizarres se produisant dans la maison et d’une étrange démangeaison qu’elle ressent au bras. Nous ne tardons pas à être témoins nous aussi, via sa webcam, d’apparitions d’étranges entités… Le tout se conclut par un twist, comment dire, quelque peu over the top !

 
Enfin, le dernier suit une bande de vous-savez-quoi, chauds bouillants pour aller fêter Halloween en bonne et due forme dans la grande maison d’un ami, qu’ils trouvent sur place bizarrement vide. En fouillant un peu l’endroit, nos joyeux drilles tombent sur une poignée d’individus mettant en scène ce qui ressemble fort à l’exorcisme d’une infortunée fillette. Mais est-ce vraiment une simple mise en scène ? En fait, à partir de là, tout part en cacahuète : poltergeists dans tous les sens (du genre mal faits…), fuite éperdue avec la fillette, arrachée à ces ravisseurs et fin percutante. Ca a le mérite d’être fun et rock’n’roll, et de nous sortir 2 minutes de la torpeur ambiante.


Dragon Gate (a.k.a The flying swords of Dragon Gate) 3D
Tsui Hark de retour en grande forme (après son Detective Dee, qui n’est pas si éloigné de celui-ci) dans un des domaines qu’il maîtrise le mieux : le wu-xia-pan grandiloquent, tendance méta-complexo-post-moderne !
Wu-xia-pan grandiloquent pour le côté film de sabre en costumes de grande envergure, décors démesurés et superbes, chorégraphies au millimètre et kung-fu très câblé.
Méta- car ce film est une relecture « mais pas remake » de son Dragon Gate Inn datant de 1992.
Complexe par son scénario aux multiples trames narratives, avec autant de protagonistes principaux (rappelant un peu 7 swords) : une histoire de conflit politique entre un Empereur corrompu pris à parti par des défenseurs solitaires unis dans un but commun, de trahison, d’usurpation d’identité et de trésor caché !...
Enfin, post-moderne dans son approche très contemporaine de cette fresque historique, ces effets spéciaux numériques très présents et ambitieux (on a droit à un combat au sabre en apesanteur au cœur d’un cyclone !) et la mise en scène aussi dynamique que lisible du grand Tsui, magnifiée par une 3D qui laisse exploser sa maîtrise de la spatialité.


Comme nombre de ses œuvres, il y a énormément à dire sur ce Dragon Gate, mais pour cela, il me faudrait bien plus qu’un seul visionnage !


Side by side
Documentaire (le seul de la sélection) fort instructif de Christopher Kenneally, Side by side parle de la mutation vécue par les technologies du Cinéma depuis sa création jusqu’à son avenir potentiel, notamment le récent passage au tout numérique.
Keanu Reeve (ben oui), visiblement impliqué à 100% dans le sujet et également producteur de la chose, n’hésite pas à parcourir la planète pour aller interviewer plusieurs grands intervenants -créateurs ou techniciens- du Septième Art : metteurs en scène prestigieux ou encore et surtout chefs-opérateurs (chose rare que de donner la parole à ces artisans de l’ombre).
En plus de revenir ou d’éclairer notre lanterne sur les différentes étapes et avancées technologiques inhérentes aux tournages de films depuis un siècle, mais également à la restauration ou conservation du patrimoine cinématographique, chacun y va de sa pertinente opinion sur la mutation subie actuellement avec le tournage et la diffusion en numérique (ainsi que la 3D relief), les « pro » : Fincher, Scorcese, mais également les réticents, en particulier Christopher Nolan et son directeur de la photo Wally Pfister, amoureux de la péloche et du 70mm.

On a vu pire, comme cast!

Ce film permet également de faire un constat alarmant sur la préservation des œuvres filmiques : on apprend en particulier qu’à l’heure actuelle, la meilleure façon de conserver un film (pendant plusieurs décennies) reste la bonne vieille pellicule et qu’aucun support numérique –du fait de leur durée de vie et du retour d’expérience dont on dispose- n’est encore près de supplanter l’analogique sur ce terrain, vouant la totalité des films produits et édités 100% en numérique à un avenir et une pérennité parfaitement incertains ; en d’autres termes, condamnant une immense quantité d’œuvres à l’oubli…


Crave
Premier long-métrage de Charles de Lauzirika, producteur et réalisateur fichtrement prolifique de docus/making-of pour des films prestigieux (les frères Scott –Ridley ou le regretté Tony- par exemple, auxquels il semble abonné depuis Alien), Crave est un petit thriller à la lisière du fantastique relatant le morne quotidien de Aiden, un modeste photographe de scènes de crimes à Detroit. Ayant l’horreur et l’innommable pour quotidien, ses frustrations et son dégoût des hommes trop longtemps refoulés menacent de le mener à son point de rupture, jusqu’à ne plus parvenir à distinguer le réel du fantasmé, la vengeance froide par arme à feu de celle qu’on fantasme et qu’on rumine tous dans sa tête pour punir tous ces cons qui nous pourrissent la vie.


Aidé par un cast de seconds rôles qui fait mouche (la craquante Emma Lung en girl-next-door malheureuse en amour comme point d’ancrage avec la réalité, son ex-odieux, l’impeccable Edward Furlong ou encore l’inénarrable Ron Perlman en meilleur ami flic désabusé), on prend plaisir à dériver lentement dans la psyché d’Aiden.
En effet, le film ne bascule pas vers le vigilante movie auquel on s’attendait lors de la première partie du métrage, pour aborder au contraire un virage plus intimiste, au plus près des personnages, distillant ici et là des touches d’humour noir qui en surprendront plus d’un et autres confidences au spectateur, brisant le 4ème mur.

Charles de Lauzirika, sur le set, ne va pas tarder à donner des indications à ses acteurs...

Film à l’ambiance très particulière, quitte à faire preuve d’un didactisme parfois dispensable (jeu sur les sons, les couleurs pour symboliser les pensées du héros) Crave mérite indubitablement le coup d’œil.


Doomsday Book
J’ai été relativement déçu par ce (énième film à sketches en 3 temps) en provenance de Corée.
Les premier et second opus tous deux signés par le rare Pil-Sung Yim sont pourtant assez sympathiques. Tout d’abord, "Wonderful New World" une comédie d’horreur dans laquelle Séoul est envahi par une infection de zombies semblant provoquée par de la viande de barbecues ! Si la propagation de la contamination est plutôt finement amenée, sur fond d’une idylle entre une jolie jeune femme et un homme un peu coincé chez qui le virus va développer d’étonnantes capacités physiques, le tout s’enlise un peu et ne parvient pas à conclure de manière convaincante.


Puis "Happy Birthday", qui clôt le film, met en image un conte apocalyptique (une famille se calfeutre dans un abri-antiatomique car une mystérieuse météorite géante va percuter la Terre dans les heures qui suivent) complètement loufoque et barré (ça a un rapport avec une boule de billard commandée par la fille sur un site internet très particulier…). Très drôle dans les réactions de ses personnages, tous plus idiots les uns que les autres, le film va très loin dans son délire jusqu’au-boutiste. De l’absurde comme on l’aime.

C’est finalement le segment central "Creation of Heaven", de Kim-Jee Woon qui m’aura le plus refroidi, plombant sacrément la vision de ce film.
Dans un futur indéterminé, des robots domestiques (au look à l’exacte croisée du clip de Björk All is full of love et de I, Robot. Beau mais déjà vu, dommage) dont la méga corporation UR s’est fait une spécialité, sont employés par les hommes pour les tâches du quotidien. Or, il se trouve que dans un temple bouddhiste, l’un des spécimens robotisés semble avoir développé une conscience… Les éminents membres de la compagnie UR, dépêchés sur place, craignant que ce cas sans précédent ne devienne une menace pour l’humanité proposent de gracieusement le détruire et le remplacer, alors que d’autres, les moines comme le technicien ayant examiné le robot, pourraient voir en lui une évolution du cheminement de l’âme, voire l’incarnation d’un Dieu.


S’ensuit un looooong et interminable discours métaphysique, se voulant une réflexion sur l’humanité, la religion, la vie, les vaches… Le sujet est très ambitieux, le traitement, lourdingue et soporifique au possible.

Au final, aucun sketch ne parvient à tirer l’ensemble très haut. A voir tout de même par curiosité, surtout si l’on est fan de l’humour absurde asiatique que les coréens manient décidément avec bonheur.


In the shadow of the Tall Man
Ce film n’est autre que le making-of du film The Secret (The Tall man en VO), sorti à la rentrée dernière, de Pascal Laugier. Réalisé par Louis Thévenon, comparse de Laugier, ce film donne longuement et sans chichi la parole à son auteur, loin des habituelles featurettes promotionnelles dont regorgent tous les DVDs de nos jours. Celui-ci s’étend sur sa vision du métrage, et il devient rapidement évident que l’homme est un passionné et que son but est d’inculquer, de transmettre cette passion à ses collaborateurs.
Lors de la première partie notamment, moins technique, on constate le soin avec lequel Pascal Laugier a sélectionné ses interprètes, et ce qu’il est parvenu à en tirer à force de conviction, que cela explose à l’écran (Jessica Biel, ligotée à une chaise pendant des heures, qui sera filmée sans relâche jusqu’à s’abandonner complètement) ou sur le plateau (les frictions avec Stephen McHattie, qui supporte visiblement mal le dirigisme de Laugier).


Qui dit making-of dit bien sûr anecdotes et moments précieux, qui n’iront pas au-delà de la salle de montage. On apprend par exemple que dans les scènes du bar où se retrouve le microcosme des protagonistes, Laugier a voulu retransmettre une sensation de simplicité oubliée au cinéma de nos jours, en les filmant à hauteur d’homme, à la façon des classiques de Claude Sautet. Ou encore quand Jessica Biel, en apprenant que le budget est en passe d’être explosé, ce qui risque de mettre en péril la pérennité du tournage restant, va supplier le producteur à genoux, dans un français approximatif !


Bad Taste
Peter Jackson est un putain de Génie.
Period.
Que ce soit dans des adaptations monumentales et over-thunées de sagas littéraires inadaptables ou dans des œuvres de jeunesse aussi barrées qu’impressionnantes formellement (et naturellement, quasi inconnues du grand public) Peter Jackson est, quoi qu’on en dise, un putain de Génie !
Bad Taste, le premier chef-d’œuvre d’une longue lignée de notre barbu néo-zélandais préféré, appartient bien sûr à la seconde catégorie…
Film de sale gosse ultra-maîtrisé, cette bande horrifique qui tache (et pour tacher, elle tache !) se pose en véritable Manifeste du film Amateur : le film de potes ultime, ressemblant à ce que beaucoup d’amoureux des films gores auraient aimé avoir tourné, dans le terrain vague derrière chez eux.


Tout y est. Un concept simplissime (une invasion extraterrestre dans un bled paumé de Nouvelles-Zélande et une équipe de choc composée de joyeux tarés chargés de l’endiguer à l’arme lourde), un tournage marathon -tous les week-ends sur une période de 4 ans (!!!)- et des trucages artisanaux tout simplement ahurissants : entre armes à feu en bois peint, effets gores généreux ou masques en latex cuits dans le four familial (pour l’anecdote, c’est ce qui donne leur forme si particulière aux crânes des aliens !), on tire par exemple dans ce film sur une bâtisse classée monument historique au lance-roquette sans que le spectateur parvienne à différencier la vraie des fausses employées (déjà, des « maxitures » et autres perspectives forcées, comme il en emploiera sur le tournage du Seigneur des Anneaux quelques 15 ans plus tard).
Une maîtrise des effets spéciaux de plateau sidérante, un travail d’orfèvre sur le montage (je me souviens du choc que ça a été quand j’ai réalisé que Jackson interprète 2 personnages distincts à l’écran … qui se battent même dans une scène ! Ce même choc que j’ai pu lire dans les yeux des gens à qui je l’ai appris par la suite) et une mise en scène qui bénéficie, déjà, d’un dynamisme et d’une audace qui deviendront sa marque de fabrique et dont il n’est pas prêt de se départir, donnant lieu à des plans qui filent littéralement le vertige… sans oublier un final complètement fou !

Comme un p'tit air de ressemblance, non?...

Bref, un film indispensable, redécouvert sur grand écran dans une copie 35mm originale.
Bad Taste, est un ride d’action rouge sang et d’humour noir qui se re-re-re-mate, un grand sourire aux lèvres. Le premier jalon d’un des plus grands metteurs en scène contemporains.
Mais c’est avant tout un film qui sent le latex, la sueur et le faux sang.
Un film qui suinte l’Amour du Genre et du Cinéma.


Candyman
Suite à l’impeccable nuit consacrée à ce grand nom de l’horreur contemporaine qu’est Clive Barker, entre Nightbreed : the Cabal Cut, montage « extended » 100% inédit du film Cabal, tel que le grand Clive l’aurait voulu (et tel que les producteurs ne l’ont jamais laissé faire, notamment pour l’ambigüité du regard qu’il porte sur les monstres, qui deviennent… trop humains) monté par un assistant producteur Russell Cherrington à partir de séquences manquantes issues d’une copie de travail VHS (donc dégueulasse) et que je me garderai bien de chroniquer, n’ayant jamais vu le montage original, ou bien les deux premiers films de la saga infernale/SM Hellraiser, ponctuée par les passionnantes interventions de Julien Maury ou Pascal Laugier qui, en tant que « petits frenchies auteurs de shockers qui tabassent » furent chacun un temps pressentis par Harvey Weinstein, impitoyable magnat hollywoodien pour en tourner un remake, qui bien entendu ne verra jamais le jour, leurs visions étant trop éloignée de ce qui fait vendre auprès du public de nos jours (voir les remakes de Friday the 13th 2009, A Nightmare on Elm Street 2010 ou The Thing 2011… tiens, on a eu droit à une pause en 2012 !), ce qui est bien dommage à en croire Laugier qui, très déférent, semble avoir assez bien cerné l’esprit de la série Hellraiser et en aurait probablement livré une version fort intéressante, « très homosexuelle », c’est sur le film Candyman, autre classique de l’horreur, que je voudrais m’arrêter, de même que cette phrase décidément beaucoup trop longue.

En effet, j’entretiens un rapport assez particulier avec le film de Bernard Rose sorti en 1992, car il m’avait littéralement terrifié (enfin, juste son prologue, au-delà duquel je n’ai pas osé aller !) à un point dont peu de films peuvent se targuer, lors d’une diffusion télé il y a une bonne quinzaine d’années maintenant!
La jeune et (très!) jolie Helen (Virginia Madsen y’a 20 ans, quoi !) travaille sur une thèse ayant pour sujets les légendes urbaines et mythes horrifiques vivants au travers du bouche-à-oreille. En enquêtant dans les quartiers périurbains de Chicago rongés par la misère, une histoire revient fréquemment, inspirant la crainte des habitants : celle de Candyman.


Sorte de croque-mitaine, il apparaitrait lorsqu’on prononce 5 fois son nom devant un miroir, accompagné d’abeilles bourdonnantes ayant un lien avec sa mort tragique il y a des années de cela et possèderait un crochet aiguisé à la place de la main droite avec lequel il éventre ses victimes, sévissant encore régulièrement dans les environs. Le scepticisme et l’acharnement d’Helen à propos de ce mythe la confronteront bientôt à Candyman lui-même, qui semble avoir de bien sombres desseins la concernant, bien décidé qu’il est à perdurer dans la mémoire collective.



Ce film, tiré du recueil de nouvelles les Livres de sang (volume 5), fait preuve d’une redoutable efficacité lorsqu’il s’agit d’instaurer une ambiance sinistre et délétère, par l’emploi de l’environnement inhabituel d’une cité urbaine à l’abandon où détritus et graffitis semblent avoir conquis un territoire déshumanisé et impose avec brio une figure horrifique marquante, campée avec un charisme fou par un Tony Todd impérial.
L’implacable descente aux enfers vécue par Helen, abandonnée de tous sauf de celui qu’elle apprendra à redouter de toute son âme, trouvera une conclusion tragique dans un sublime climax symbolique, ô combien bouleversant.
Candyman est une véritable pépite noire de l’horreur des années 90.


Silent Hill Revelation
Ce film est une purge. J’irais même jusqu’à dire que c’est un insupportable étron sur pattes.
Pourquoi un jugement si péremptoire ?
Mais parce qu’il ne présente absolument aucun intérêt… Il se pose en décalque inutile de l’adaptation du hit vidéoludique éponyme (tant décriée par les fans, tant appréciée par les autres) de Christophe Gans, sortie en 2006.


Il en reprend en effet en tous points la charte graphique, certains acteurs principaux (de façon illogique pour Sean Bean –éludant sans sourciller le climax du 1er volet- ou complètement anecdotique pour Radha Mitchell, qui a dû sentir comme une odeur de mouflon dans le script et nous gratifie d’une apparition éclair !) et bien sûr les streums, que tout le monde attend… mais sans en saisir l’implication pensée par Gans & son comparse Roger Avary, sans naturellement apporter la moindre émotion ou sensation de danger (les infirmières ont l’air d’être là pour le quota de miches à l’écran, Pyramide Head vient faire coucou pis se casse aussitôt…) voire évolution ou nouveauté (si, je suis méchant, y’en a un nouveau : une sorte d’araignée en bouts de mannequins – pas envie d’expliquer mieux) mais surtout, avec une absence de logique voire de bon sens qui frise le sublime ! Si dans le premier épisode, les bestiaux avaient la politesse d’attendre que l’environnement de Silent Hill « bascule du côté obscur » pour se pointer, dans celui-ci, ils vont, viennent et interagissent dans le monde des vivants en dépit de toute cohérence narrative  (comprendre : passent faire « Bouh » à l’héroïne, qui du coup est complètement paumée, la pauvre).


Bref, je ne vais pas m’étendre plus sur le sujet… J’ai envie de dire que son principal intérêt est, quelque part, de réhabiliter le 1er opus, par comparaison !
Ah, si, tiens : j’ajoute juste au passage la prestation d’une Carrie Anne Moss (Trinity, quand même, merde !) méconnaissable et visiblement au bout du rouleau en bad guy –je crame la fin, m’en tape- qui se morfe en cénobite pour une raison qui m’a échappée, lors d’un combat final assez irritant pour les yeux.
Allez, poubelle.

Et bonsoir !

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