John Dies at the end
La Séance d'Ouverture a mis à l'honneur la nouvelle folie du trop rare Don
Coscarelli (le papa de la série Phantasm,
dont le dernier effort sur grand écran était Bubba Ho-tep, 10 ans déjà…)
Comment qualifier ce script… Joyeusement
barré ? Génialement bordélique ?
Un festival ininterrompu d’idées
foutraques et jouissives, qu’il serait dommage de spoiler (allez, un peu quand
même ; j’suis payé à la ligne, de toutes façons : y sont croisés
pêle-mêle un monstre en bidoche, un chien héroïque -encore plus balèze que chez
Roland Emmerich- ou un téléphone hot-dog), le tout mené tambour battant dans la
bonne humeur générale.
Le jeune David Wong donne
rendez-vous à un journaliste (Paul Giamatti, manifestement enjoué d’être là)
afin de lui relater les évènements lui étant arrivés ces derniers jours,
pensant qu’ils donneraient matière à un bon bouquin. Et pour cause !
Après avoir été mis en contact
avec une drogue étrange semblée dotée d’une vie propre, baptisée Soy sauce (soit Sauce Soja… Ah, vous
étiez prévenus !), tout s’est mis à aller de travers pour son meilleur ami
et lui : hallucinations (ou pas ?), failles spatio-temporelles et
ouverture sur des univers parallèles, le tout peuplé d’une galerie de
personnages bien azimutés.
On n’est pas déçus du voyage dans
ce tour de rollercoaster débordant d’idées (quitte à en laisser certaines de
côté en cours de Grand Huit), malgré une interprétation un peu fade du
personnage principal et une facture générale un peu cheap, notamment sur un
dernier acte fort ambitieux -mais on n’imagine qu’un film pareil n’a pas dû
être des plus faciles à financer- l’enthousiasme procuré emporte plus que
largement l’adhésion !
ABC’s of Death
Véritable anthologie du film à
sketches (autant de courts que de lettres dans l’alphabet, qui dit
mieux ?), un genre décidément très à la mode, comme le montre la sélection
du festival (5 films, tout de même), je vais tenter de ne pas trop employer le
1er terme qui vint à la bouche de tout le monde en sortie de
salle : inégal.
Evidemment, que c’est inégal,
j’ai envie de dire. Vous imaginiez vraiment 26 courts métrages tous d’un niveau
de qualité parfaitement semblable ? Bref, ce n’est rien de dire que le
tout est donc… inégal (et ça fait d’ailleurs déjà 3 fois que je le dis).
Je me contenterai ici de revenir
sur les opus les plus marquants (ou ceux des réals les plus connus ;
ouais, je sais, c’est dégueulasse) ; comprendre : ceux dont je me
souviens et pendant lesquels je ne pionçais pas, comme durant le Ti West’s,
parait-il très en-dessous de ses capacités…
Voyelle :
« A for Apocalypse »
Un court aussi surprenant que
percutant, de la part du réalisateur ibérique Nacho Viagalondo (l’ultra-maîtrisé
Los Cronocrimenes, ou le délirant Extraterrestre, diffusé quasi un an jour
pour au PIFFF 1er du nom), il relate avec un humour très noir les
derniers instants d’un couple dans lequel tout ne tourne pas vraiment rond. Un
jeu de massacre jouissivement malsain !
Consonne :
« D for Dogfight »
Sans conteste la perle de cette
anthologie. Un combat clandestin à mains nues entre un homme et un chien
d’attaque. Le tout au ralenti, sous une lumière superbe. Un véritable morceau
de bravoure, par le jeune réalisateur Marcel Sarmiento.
Consonne :
« F for Fart »
Besoin de vous faire un
dessin ? C’est japonais (Noboru Iguchi à la barre) et ça parle de prouts.
C’est en soi un sujet que les japonais maîtrisent assez bien (remember Zombie Ass : Toilet of the Dead). Dans
le cas présent, ça a surtout le mérite de ne pas durer très longtemps
(contrairement à Zombie Ass : Toilet
of the Dead)…
Voyelle :
« O for Orgasm »
Dans le genre œuvre cohérente, ce
que bâtissent Bruno Forzani & Héléne Cattet se pose là ! Reste que le
format court sied de fort belle manière au cinoche expérimental de ces deux-là
et à la projection de leurs obsessions fétichistes… Maintenant, reste à savoir
s’ils sont capables de nous montrer autre chose que des femmes sous filtres
colorés et sur fond noir, qui soupirent de plaisir sur fond sonore de cuir qui
craque, quoi.
Consonne :
« Q for Quack »
Se pliant à l’exercice certes
assez convenu et peu inventif de
la-mise-en-abyme-de-l’auteur-qui-n’a-pas-d’idée-pour-son-film, ce segment
mérite malgré tout qu’on s’y attarde pour son ton absurde et son humour qui
fait mouche, et l’aplomb avec lequel le tout est emballé.
Oh, et ça parle de buter un canard.
Consonne :
« T for Toilet »
Petit court en claymotion très
cartoon dans l’esprit et très gore, il nous narre de manière fort imagée une
peur enfantine toute bête, mais ô combien répandue. Sympa comme tout !
A noter que Lee Hardcastle a
remporté avec ce film la place de 26ème réalisateur de cette
anthologie (que l’on pourrait également qualifier de « place
bouche-trou »…) sur concours.
Voyelle :
« U for Unearthed »
Exercice de style honorablement
fichu mais un peu vain quand même de Ben Wheatley (réal. anglais apparu
récemment et apparemment oublié très prochainement), d’un démastiquage de
vampire par une bande de bouseux en furie… en vue subjective !
Consonne :
« X for XXL »
Le nouvel opus du décidément
sympathique Xavier Gens, qui prouve que ce dernier manie le gore extrême comme
le plus beau et pur des moyens d’expression. Une première partie un peu
poussive filmée sans chichi dans les rues de Paris, qui n’est que prétexte à la
résolution extrême et morbide de ce mini-drame, résolu au couteau électrique.
Une certaine poésie macabre émerge indéniablement du final, au demeurant insoutenable,
rappelant un peu celui d’A l’intérieur.
Trailer War
Compilation tout ce qu’il y a de
plus brut de décoffrage de bande annonces garanties 100% no fake de vieux films de genre, pour la plupart méconnus ou
injustement (?) oubliés, le tout en HD mais en gardant naturellement les
rayures et autres traces d’usure des pelloches (voire les coupes abruptes) dans
le plus pur style grindhouse. Effectivement, nombre d’entre-elles sont tout
simplement hallucinantes et hilarantes !
Dans la mesure du possible, ces
vieilles bandes hystériques sont classées par thèmes : SF qui tache,
blacksploitation, films de frappe nippons, etc.
Le film idéal pour une soirée
bières/chips dans une ambiance survoltée pour amoureux de nanars et autres
zèderies, entre moustaches fournies et coupes afros, muscles huilés saillants
et grosses pétoires, tatanes dans les gencives et chinois grimaçants, cascades
à motos dans un terrain vague et extraterrestres façon Emmaüs… avec en bonus un
petit film surprise bien de chez nous dont il serait dommage de révéler la
teneur.
Après, à s’enfiler comme ça d’une
traite, faut bien avouer que c’est quand même un peu indigeste !
« Qui reveut une Kro, les
mecs ? »
V/H/S
Bon alors que les choses soient
claires : ces films que je qualifie de « films d’horreur Mtv» qui
pullulent depuis quelques années, calibrés pour le teen le plus atrophié du
bulbe qui soit, à base de found footage mêlés de jump scares (voire d’une
pointe d’images en infrarouge, passque ça donne des yeux flippants, tu
vois ?) ça n’est clairement pas
ma came. Question d’âge, peut-être, je ne sais pas…
Le mètre-étalon de cette triste
mode, revenue en force avec le succès des Paranormal
Activity est pour moi l’abominable Grave
Encounters, découvert à regret à Gerardmer l’hiver dernier.
« Un
conseil : fuyez » aurait fait une accroche publicitaire très vraie,
tiens…
V/H/S sonne pour moi comme une confirmation définitive de cette opinion.
Messieurs les producteurs de films
dits d’horreur :
les trucages
numériques et autres CGI qui tachent, ça ne fait PAS PEUR !
(Rappelez-vous Hantise de Jan de Bont, ses statues qui
bougent et ses draps hantés… D’acc?)
V/H/S, c’est le croisement bâta
opportuniste de deux tendances du moment dans le ciné de genre/horreur :
le found footage et le film à sketches, par 6 réals qui constitueraient
soi-disant la nouvelle garde montante du Genre. Et ben…
Il compile donc 5 courts
métrages, relié par un fil rouge (ce qui en fait 6, finalement) au concept
amusant : une bande de braqueurs amateurs pénètrent par effraction dans
une grande bâtisse apparemment vide, à la recherche d’une cassette vidéo
particulièrement rare. Ils ne trouveront qu’un cadavre d’homme et un large
choix de cassettes, que l’un d’eux visionnera : une VHS = un court.
Le gros problème de ce film vient
du concept lui-même : 6 fois 20 bonnes minutes environ par film, quand en
plus chaque film est un insupportable POV (les amateurs de sites pornos
connaitront la signification de ce terme) tremblotant, c’est un pur
calvaire !
Comme je suis magnanime et que,
comme vous, j’ai du temps à perdre, en voici tout de même un descriptif :
Le premier -et plus réussi de
tous selon votre serviteur- relate les mésaventures de 3 jeunes hommes passablement
crétins, disposant d’une paire de lunettes avec caméra embarquée (vous l’aurez
compris : c’est d’elle que proviennent les images) qui vont tenter de
convaincre à grands renforts de tournées de bières quelques demoiselles
esseulées d’embarquer pour un petit rodéo à plusieurs dans une chambre d’hôtel
(avant de finir sur youfapfap.com…). Ce qu’ils n’avaient pas prévu c’est que
l’une d’elles, la plus étrange du lot, n’est autre qu’une sorte de
goule/succube/vampire/pirate-ghost/emo/bonnasse-mais-chelou-quand-même, au look
assez cool, il faut l’avouer, mais également assez touchante dans sa relation
Amour/prédatrice avec l’infortuné binoclard-caméraman amateur...
Puis vient l’opus de Ti West,
décidément pas en forme olympique ces derniers temps (voir ABC’s, plus haut). L’histoire d’un jeune couple qui s’en va faire
un trip dans l’Ouest des Etats-Unis (pour leur seconde Lune de Miel mais on
s’en fout) et qui, chaque nuit alors qu’ils roupillent dur dans leur chambre de
motel, sont visités par une personne fort étrange (vêtue d’un masque, en plus)
qui vient leur caresser le cul à l’aide d’un couteau ou encore passer leur
brosse à dent contre le rebord des chiottes. Je vous assure. Et naturellement,
elle se filme se faisant (sinon, comment pourrait-on savoir ce qui se trame,
hein ?). Bref, ça finit mal et comme ça faisait un peu léger, y’a un
twist. Le tout est chiantissime au possible. Next.
Encore une bande de djeun’s
crétins (décidément… Ca doit être par soucis d’identification du
public visé ?) qui partent cette fois-ci faire du camping en forêt. Bref,
ils vont se faire zigouiller par une sorte d’entité maléfique impalpable, qui
semble liée à l’une des filles ci-présentes, à qui les évènements seraient
coutumiers... La particularité de ce boogeyman est qu’à chaque apparition, il fait
sauter et saccader image et son, un peu comme un divX mal encodé avec gros pixels
qui bavent, ce qui fait qu’on ne le distingue pas bien. Procédé intéressant sur
le papier mais plutôt énervant au final. C’est bête, c’est à peu près la seule
originalité de ce truc.
Une jeune femme tchate, la nuit,
avec son médecin (avec qui elle semble
entretenir une liaison plus que professionnelle) sur Skype, pour lui parler de
bruits bizarres se produisant dans la maison et d’une étrange démangeaison
qu’elle ressent au bras. Nous ne tardons pas à être témoins nous aussi, via sa
webcam, d’apparitions d’étranges entités… Le tout se conclut par un twist,
comment dire, quelque peu over the top !
Enfin, le dernier suit une bande
de vous-savez-quoi, chauds bouillants pour aller fêter Halloween en bonne et
due forme dans la grande maison d’un ami, qu’ils trouvent sur place bizarrement
vide. En fouillant un peu l’endroit, nos joyeux drilles tombent sur une poignée
d’individus mettant en scène ce qui ressemble fort à l’exorcisme d’une
infortunée fillette. Mais est-ce vraiment une simple mise en scène ? En
fait, à partir de là, tout part en cacahuète : poltergeists dans tous les
sens (du genre mal faits…), fuite éperdue avec la fillette, arrachée à ces
ravisseurs et fin percutante. Ca a le mérite d’être fun et rock’n’roll, et de
nous sortir 2 minutes de la torpeur ambiante.
Dragon Gate (a.k.a The flying swords of Dragon Gate) 3D
Tsui Hark de retour en grande
forme (après son Detective Dee, qui
n’est pas si éloigné de celui-ci) dans un des domaines qu’il maîtrise le
mieux : le wu-xia-pan grandiloquent, tendance méta-complexo-post-moderne !
Wu-xia-pan grandiloquent pour le
côté film de sabre en costumes de grande envergure, décors démesurés et
superbes, chorégraphies au millimètre et kung-fu très câblé.
Méta- car ce film est une
relecture « mais pas remake » de son Dragon Gate Inn datant de 1992.
Complexe par son scénario aux
multiples trames narratives, avec autant de protagonistes principaux (rappelant
un peu 7 swords) : une histoire
de conflit politique entre un Empereur corrompu pris à parti par des défenseurs
solitaires unis dans un but commun, de trahison, d’usurpation d’identité et de
trésor caché !...
Enfin, post-moderne dans son
approche très contemporaine de cette fresque historique, ces effets spéciaux
numériques très présents et ambitieux (on a droit à un combat au sabre en
apesanteur au cœur d’un cyclone !) et la mise en scène aussi dynamique que
lisible du grand Tsui, magnifiée par une 3D qui laisse exploser sa maîtrise de
la spatialité.
Comme nombre de ses œuvres, il y
a énormément à dire sur ce Dragon Gate,
mais pour cela, il me faudrait bien plus qu’un seul visionnage !
Side by side
Documentaire (le seul de la
sélection) fort instructif de Christopher Kenneally, Side by side parle de la mutation vécue par les technologies du Cinéma
depuis sa création jusqu’à son avenir potentiel, notamment le récent passage au
tout numérique.
Keanu Reeve (ben oui),
visiblement impliqué à 100% dans le sujet et également producteur de la chose, n’hésite
pas à parcourir la planète pour aller interviewer plusieurs grands intervenants
-créateurs ou techniciens- du Septième Art : metteurs en scène prestigieux
ou encore et surtout chefs-opérateurs (chose rare que de donner la parole à ces
artisans de l’ombre).
En plus de revenir ou d’éclairer
notre lanterne sur les différentes étapes et avancées technologiques inhérentes
aux tournages de films depuis un siècle, mais également à la restauration ou
conservation du patrimoine cinématographique, chacun y va de sa pertinente
opinion sur la mutation subie actuellement avec le tournage et la diffusion en
numérique (ainsi que la 3D relief), les « pro » : Fincher,
Scorcese, mais également les réticents, en particulier Christopher Nolan et son
directeur de la photo Wally Pfister, amoureux de la péloche et du 70mm.
On a vu pire, comme cast!
Ce film permet également de faire
un constat alarmant sur la préservation des œuvres filmiques : on apprend
en particulier qu’à l’heure actuelle, la meilleure façon de conserver un film
(pendant plusieurs décennies) reste la bonne vieille pellicule et qu’aucun
support numérique –du fait de leur durée de vie et du retour d’expérience dont
on dispose- n’est encore près de supplanter l’analogique sur ce terrain, vouant
la totalité des films produits et édités 100% en numérique à un avenir et une
pérennité parfaitement incertains ; en d’autres termes, condamnant une
immense quantité d’œuvres à l’oubli…
Crave
Premier long-métrage de Charles
de Lauzirika, producteur et réalisateur fichtrement prolifique de
docus/making-of pour des films prestigieux (les frères Scott –Ridley ou le
regretté Tony- par exemple, auxquels il semble abonné depuis Alien), Crave est un petit thriller à la lisière du fantastique relatant le
morne quotidien de Aiden, un modeste photographe de scènes de crimes à Detroit.
Ayant l’horreur et l’innommable pour quotidien, ses frustrations et son dégoût
des hommes trop longtemps refoulés menacent de le mener à son point de rupture,
jusqu’à ne plus parvenir à distinguer le réel du fantasmé, la vengeance froide
par arme à feu de celle qu’on fantasme et qu’on rumine tous dans sa tête pour
punir tous ces cons qui nous pourrissent la vie.
Aidé par un cast de seconds rôles
qui fait mouche (la craquante Emma Lung en girl-next-door malheureuse en amour
comme point d’ancrage avec la réalité, son ex-odieux, l’impeccable Edward
Furlong ou encore l’inénarrable Ron Perlman en meilleur ami flic désabusé), on
prend plaisir à dériver lentement dans la psyché d’Aiden.
En effet, le film ne bascule pas
vers le vigilante movie auquel on s’attendait lors de la première partie du
métrage, pour aborder au contraire un virage plus intimiste, au plus près des
personnages, distillant ici et là des touches d’humour noir qui en surprendront
plus d’un et autres confidences au spectateur, brisant le 4ème mur.
Charles de Lauzirika, sur le set, ne va pas tarder à donner des indications à ses acteurs...
Film à l’ambiance très
particulière, quitte à faire preuve d’un didactisme parfois dispensable (jeu
sur les sons, les couleurs pour symboliser les pensées du héros) Crave mérite indubitablement le coup
d’œil.
Doomsday Book
J’ai été relativement déçu par ce
(énième film à sketches en 3 temps) en provenance de Corée.
Les premier et second opus tous
deux signés par le rare Pil-Sung Yim sont pourtant assez sympathiques. Tout
d’abord, "Wonderful New World"
une comédie d’horreur dans laquelle Séoul est envahi par une infection de
zombies semblant provoquée par de la viande de barbecues ! Si la
propagation de la contamination est plutôt finement amenée, sur fond d’une
idylle entre une jolie jeune femme et un homme un peu coincé chez qui le virus
va développer d’étonnantes capacités physiques, le tout s’enlise un peu et ne
parvient pas à conclure de manière convaincante.
Puis "Happy Birthday", qui clôt le film, met en image un conte
apocalyptique (une famille se calfeutre dans un abri-antiatomique car une
mystérieuse météorite géante va percuter la Terre dans les heures qui suivent)
complètement loufoque et barré (ça a un rapport avec une boule de billard
commandée par la fille sur un site internet très particulier…). Très drôle dans
les réactions de ses personnages, tous plus idiots les uns que les autres, le
film va très loin dans son délire jusqu’au-boutiste. De l’absurde comme on
l’aime.
C’est finalement le segment
central "Creation of Heaven",
de Kim-Jee Woon qui m’aura le plus refroidi, plombant sacrément la vision de ce
film.
Dans un futur indéterminé, des
robots domestiques (au look à l’exacte croisée du clip de Björk All is full of love et de I, Robot. Beau mais déjà vu, dommage)
dont la méga corporation UR s’est fait une spécialité, sont employés par les
hommes pour les tâches du quotidien. Or, il se trouve que dans un temple
bouddhiste, l’un des spécimens robotisés semble avoir développé une conscience…
Les éminents membres de la compagnie UR, dépêchés sur place, craignant que ce
cas sans précédent ne devienne une menace pour l’humanité proposent de
gracieusement le détruire et le remplacer, alors que d’autres, les moines comme
le technicien ayant examiné le robot, pourraient voir en lui une évolution du
cheminement de l’âme, voire l’incarnation d’un Dieu.
S’ensuit un looooong et
interminable discours métaphysique, se voulant une réflexion sur l’humanité, la
religion, la vie, les vaches… Le sujet est très ambitieux, le traitement,
lourdingue et soporifique au possible.
Au final, aucun sketch ne
parvient à tirer l’ensemble très haut. A voir tout de même par curiosité,
surtout si l’on est fan de l’humour absurde asiatique que les coréens manient
décidément avec bonheur.
In the shadow of the Tall Man
Ce film n’est autre que le
making-of du film The Secret (The Tall man en VO), sorti à la rentrée
dernière, de Pascal Laugier. Réalisé par Louis Thévenon, comparse de Laugier,
ce film donne longuement et sans chichi la parole à son auteur, loin des habituelles
featurettes promotionnelles dont regorgent tous les DVDs de nos jours. Celui-ci
s’étend sur sa vision du métrage, et il devient rapidement évident que l’homme
est un passionné et que son but est d’inculquer, de transmettre cette passion à
ses collaborateurs.
Lors de la première partie
notamment, moins technique, on constate le soin avec lequel Pascal Laugier a
sélectionné ses interprètes, et ce qu’il est parvenu à en tirer à force de
conviction, que cela explose à l’écran (Jessica Biel, ligotée à une chaise
pendant des heures, qui sera filmée sans relâche jusqu’à s’abandonner
complètement) ou sur le plateau (les frictions avec Stephen McHattie, qui
supporte visiblement mal le dirigisme de Laugier).
Qui dit making-of dit bien sûr
anecdotes et moments précieux, qui n’iront pas au-delà de la salle de montage.
On apprend par exemple que dans les scènes du bar où se retrouve le microcosme
des protagonistes, Laugier a voulu retransmettre une sensation de simplicité
oubliée au cinéma de nos jours, en les filmant à hauteur d’homme, à la façon
des classiques de Claude Sautet. Ou encore quand Jessica Biel, en apprenant que
le budget est en passe d’être explosé, ce qui risque de mettre en péril la
pérennité du tournage restant, va supplier le producteur à genoux, dans un
français approximatif !
Bad Taste
Peter Jackson est un putain de Génie.
Period.
Que ce soit dans des adaptations
monumentales et over-thunées de sagas littéraires inadaptables ou dans des
œuvres de jeunesse aussi barrées qu’impressionnantes formellement (et
naturellement, quasi inconnues du grand public) Peter Jackson est, quoi qu’on
en dise, un putain de Génie !
Bad Taste, le premier chef-d’œuvre d’une longue lignée de notre
barbu néo-zélandais préféré, appartient bien sûr à la seconde catégorie…
Film de sale gosse ultra-maîtrisé,
cette bande horrifique qui tache (et pour tacher, elle tache !) se pose en
véritable Manifeste du film Amateur : le film de potes ultime, ressemblant
à ce que beaucoup d’amoureux des films gores auraient aimé avoir tourné, dans
le terrain vague derrière chez eux.
Tout y est. Un concept
simplissime (une invasion extraterrestre dans un bled paumé de
Nouvelles-Zélande et une équipe de choc composée de joyeux tarés chargés de
l’endiguer à l’arme lourde), un tournage marathon -tous les week-ends sur
une période de 4 ans (!!!)- et des trucages artisanaux tout simplement ahurissants :
entre armes à feu en bois peint, effets gores généreux ou masques en latex
cuits dans le four familial (pour l’anecdote, c’est ce qui donne leur forme si
particulière aux crânes des aliens !), on tire par exemple dans ce film
sur une bâtisse classée monument historique au lance-roquette sans que le
spectateur parvienne à différencier la vraie des fausses employées (déjà, des « maxitures » et autres perspectives forcées, comme
il en emploiera sur le tournage du Seigneur
des Anneaux quelques 15 ans plus tard).
Une maîtrise des effets spéciaux de
plateau sidérante, un travail d’orfèvre sur le montage (je me souviens du choc
que ça a été quand j’ai réalisé que Jackson interprète 2 personnages distincts à
l’écran … qui se battent même dans une scène ! Ce même choc que j’ai pu
lire dans les yeux des gens à qui je l’ai appris par la suite) et une mise en
scène qui bénéficie, déjà, d’un dynamisme et d’une audace qui deviendront sa
marque de fabrique et dont il n’est pas prêt de se départir, donnant lieu à des
plans qui filent littéralement le vertige… sans oublier un final complètement
fou !
Comme un p'tit air de ressemblance, non?...
Bref, un film indispensable,
redécouvert sur grand écran dans une copie 35mm originale.
Bad Taste, est un ride d’action rouge sang et d’humour noir qui se
re-re-re-mate, un grand sourire aux lèvres. Le premier jalon d’un des plus
grands metteurs en scène contemporains.
Mais c’est avant tout un film qui
sent le latex, la sueur et le faux sang.
Un film qui suinte l’Amour du
Genre et du Cinéma.
Candyman
Suite à l’impeccable nuit
consacrée à ce grand nom de l’horreur contemporaine qu’est Clive Barker, entre Nightbreed : the Cabal Cut, montage
« extended » 100% inédit du film Cabal,
tel que le grand Clive l’aurait voulu (et tel que les producteurs ne l’ont
jamais laissé faire, notamment pour l’ambigüité du regard qu’il porte sur les
monstres, qui deviennent… trop humains) monté par un assistant producteur Russell
Cherrington à partir de séquences manquantes issues d’une copie de travail VHS
(donc dégueulasse) et que je me garderai bien de chroniquer, n’ayant jamais vu
le montage original, ou bien les deux premiers films de la saga infernale/SM Hellraiser, ponctuée par les passionnantes
interventions de Julien Maury ou Pascal Laugier qui, en tant que « petits
frenchies auteurs de shockers qui tabassent » furent chacun un temps
pressentis par Harvey Weinstein, impitoyable magnat hollywoodien pour en
tourner un remake, qui bien entendu ne verra jamais le jour, leurs visions
étant trop éloignée de ce qui fait vendre auprès du public de nos jours (voir
les remakes de Friday the 13th 2009, A Nightmare on Elm Street 2010 ou The Thing 2011… tiens, on a eu droit à
une pause en 2012 !), ce qui est bien dommage à en croire Laugier qui,
très déférent, semble avoir assez bien cerné l’esprit de la série Hellraiser et en aurait probablement
livré une version fort intéressante, « très homosexuelle », c’est sur
le film Candyman, autre classique de
l’horreur, que je voudrais m’arrêter, de même que cette phrase décidément
beaucoup trop longue.
En effet, j’entretiens un rapport
assez particulier avec le film de Bernard Rose sorti en 1992, car il m’avait
littéralement terrifié (enfin, juste son prologue, au-delà duquel je n’ai pas
osé aller !) à un point dont peu de films peuvent se targuer, lors d’une
diffusion télé il y a une bonne quinzaine d’années maintenant!
La jeune et (très!) jolie Helen (Virginia Madsen y’a 20 ans, quoi !) travaille sur une
thèse ayant pour sujets les légendes urbaines et mythes horrifiques vivants au
travers du bouche-à-oreille. En enquêtant dans les quartiers périurbains de
Chicago rongés par la misère, une histoire revient fréquemment, inspirant la
crainte des habitants : celle de Candyman.
Sorte de croque-mitaine, il
apparaitrait lorsqu’on prononce 5 fois son nom devant un miroir, accompagné
d’abeilles bourdonnantes ayant un lien avec sa mort tragique il y a des années
de cela et possèderait un crochet aiguisé à la place de la main droite avec
lequel il éventre ses victimes, sévissant encore régulièrement dans les
environs. Le scepticisme et l’acharnement d’Helen à propos de ce mythe la
confronteront bientôt à Candyman lui-même, qui semble avoir de bien sombres
desseins la concernant, bien décidé qu’il est à perdurer dans la mémoire
collective.
Ce film, tiré du recueil de
nouvelles les Livres de sang (volume 5), fait preuve d’une redoutable
efficacité lorsqu’il s’agit d’instaurer une ambiance sinistre et délétère, par
l’emploi de l’environnement inhabituel d’une cité urbaine à l’abandon où
détritus et graffitis semblent avoir conquis un territoire déshumanisé et impose
avec brio une figure horrifique marquante, campée avec un charisme fou par un
Tony Todd impérial.
L’implacable descente aux enfers vécue
par Helen, abandonnée de tous sauf de celui qu’elle apprendra à redouter de
toute son âme, trouvera une conclusion tragique dans un sublime climax
symbolique, ô combien bouleversant.
Candyman est une véritable pépite noire de l’horreur des années 90.
Silent Hill Revelation
Ce film est une purge. J’irais
même jusqu’à dire que c’est un insupportable étron sur pattes.
Pourquoi un jugement si
péremptoire ?
Mais parce qu’il ne présente
absolument aucun intérêt… Il se pose en décalque inutile de l’adaptation du hit
vidéoludique éponyme (tant décriée par les fans, tant appréciée par les autres)
de Christophe Gans, sortie en 2006.
Il en reprend en effet en tous
points la charte graphique, certains acteurs principaux (de façon illogique
pour Sean Bean –éludant sans sourciller le climax du 1er volet- ou
complètement anecdotique pour Radha Mitchell, qui a dû sentir comme une odeur
de mouflon dans le script et nous gratifie d’une apparition éclair !) et
bien sûr les streums, que tout le monde attend… mais sans en saisir
l’implication pensée par Gans & son comparse Roger Avary, sans
naturellement apporter la moindre émotion ou sensation de danger (les
infirmières ont l’air d’être là pour le quota de miches à l’écran, Pyramide
Head vient faire coucou pis se casse aussitôt…) voire évolution ou nouveauté
(si, je suis méchant, y’en a un nouveau : une sorte d’araignée en bouts de
mannequins – pas envie d’expliquer mieux) mais surtout, avec une absence de
logique voire de bon sens qui frise le sublime ! Si dans le premier
épisode, les bestiaux avaient la politesse d’attendre que l’environnement de
Silent Hill « bascule du côté obscur » pour se pointer, dans
celui-ci, ils vont, viennent et interagissent dans le monde des vivants en
dépit de toute cohérence narrative (comprendre : passent faire
« Bouh » à l’héroïne, qui du coup est complètement paumée, la pauvre).
Bref, je ne vais pas m’étendre
plus sur le sujet… J’ai envie de dire que son principal intérêt est, quelque
part, de réhabiliter le 1er opus, par comparaison !
Ah, si, tiens : j’ajoute
juste au passage la prestation d’une Carrie Anne Moss (Trinity, quand même,
merde !) méconnaissable et visiblement au bout du rouleau en bad guy –je
crame la fin, m’en tape- qui se morfe en cénobite pour une raison qui m’a
échappée, lors d’un combat final assez irritant pour les yeux.
Allez, poubelle.
Et bonsoir !
























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