jeudi 20 octobre 2011

Etrange Festival Paris 2011 - 17ème Edition

Petit compte-rendu de ma vision de la 17ème édition de l’Étrange Festival, au Forum des Images (Paris), du 2 au 11 septembre 2011.
Bonne lecture et bons visionnages!


The Divide

Le dernier rejeton du petit frenchie bourrin Xavier Gens faisait office de séance d’ouverture du Festival, en Avant-Première.

Que dire de ce faux petit huis-clos Post-Apo, sinon qu’il est tout à fait recommandable ? Je dis « faux petit » car si, comme l’a annoncé son sympathique réalisateur lors de la présentation, la mise en chantier du film revient de loin et a finalement été lancée in extremis, sur un gros coup de cul et pour 2,5 millions de $, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il a de la gueule ! (en particulier lors des scènes en extérieur –rares, c’est vrai- dans un New York dignes d’une pub pour Sortir du Nucléaire, si vous voyez c’que j’veux dire qui ont dû engloutir les 9/10ème du budget).

 Alors ? On doit toujours venir avec toi si on veut vivre?





La majorité du film se déroule donc dans un sous-sol d’immeuble, devenu bunker de fortune suite à une catastrophe dont on ne saura pas grand-chose (putains de russes ? de chinois ? d’arabes ? de luxembourgeois ?), où une poignée de survivants coupés du monde (ou ce qu’il en reste) vont tenter de… ben de survivre, justement, en se faisant violence pour rationner les quelques boites de fayots et surtout, pour se supporter les uns les autres sans trop s’entretuer (cf. mon précédent post sur les Clichés, rubrique « Survivants dans les Post-Apo. »). On n’échappe pas en effet à une galerie de personnages très fortement caractérisés : le petit chef autoproclamé, qui tient le gun & qui fume, tient ici le gun et fume, le lâche est très lâche (et très énervant), la bonnasse s’avère être une femme forte, limite passé trouble, enfin ‘voyez l’idée...
Et je vous rassure, ils ne vont bien sûr pas tarder à manquer de fayots et à vouloir s’entretuer !
Sans compter cette menace extérieure étrange (des gars armés en combi étanches façon Alien –celui de 1979, quoi…), présents sur les premiers visuels du film, et dont j’ai failli oublier de parler tellement ils s’avèrent au final anecdotiques vis-à-vis du récit…

Là où le film tire son épingle de ce genre über-codifié, c’est que Xavier Gens s’amuse à faire glisser très progressivement le métrage dans une ambiance crypto-horrifique (voire plus horrifique que crypto) des plus malsaines… !
L’environnement va littéralement déteindre sur certains protagonistes (les méchants ne s’avérant pas forcément être ceux qu’on croyait), qui finiront par se raser entièrement le corps -en un but d’identification tordu- et même se mouvoir de manière inquiétante pour en faire de véritables freaks, tout blancs et maladivement amaigris, croisement dégénéré des Crawlers de The Descent et de la… chose à la fin de [REC]. Miam, mais beurk !!

 L’abus de WOW est, comme vous pouvez le constater, mauvais pour la santé.

Film honnête dans la forme que ce Divide (la photo est carrément léchée), où on sent que le réal s’est fait plaisir en dirigeant cette vieille trogne de Michael Biehn (Kyle Reese en personne, quoi !... dans un rôle badass taillé sur mesure) où en se permettant un plan séquence virtuel à la Panic Room (comprendre : aussi rigolo qu’improbable).
En revanche, j’aimerais qu’on m’explique pourquoi, malgré le temps passé dans ce sous-sol (même si la notion de temps est un peu floue), les cheveux et barbes des gens ne poussent pas ou si peu ; mention spéciale à Lauren German, qui reste fraiche et pimpante, tee-shirt propre et mèche bien en place, quelles que soient les circonstances !


The Woman

The Woman intriguait à la base en ceci qu’il est le fruit de la rencontre entre 2 auteurs aussi cinglés torturés l’un que l’autre : le romancier d’horreur contemporain Jack Ketchum & le jeune réalisateur comptant por deux (ne vous dérangez pas, je sais où est la sortie…) Lucky McKee.
& le moins qu’on pouvait présager d’une pareille association était que ça risquait de sentir le soufre !
Sous des allures de moyen métrage étiré sur 1h40 (il aurait fait par exemple un très bon épisode des Masters of Horror ; au hasard, la 1ère saison, pour le thème abordé de la femme-monstre), le film se veut donc la synthèse des univers de ces 2 joyeux lurons avec d’un côté une représentation moderne de l’horreur next door chère à Ketchum (en fait, là je bluffe, n’ayant jamais lu le bonhomme, mais c’est ce que j’en ai compris…) et de l’autre : des femmes héroïnes, de braves gens complètement fêlés de la carafe et/ou socialement inadaptés, Angela Bettis. > Pas de doute, on est chez McKee !

"You know what? I'm Lucky..."


L’histoire est celle d’une jeune femme sauvage, façon Mowgli mais en plus crade (et sans les chansons), qui se voit récupérée (enfin, capturée) un beau dimanche en pleine saison de chasse, par un homme, brave père de famille sans histoire, à qui vient l’envie cocasse de « dresser » cette sauvageonne qui mord et qui pue, avec l’aide de sa petite famille : à commencer par la ligoter au fond du garage, puis la laver, l’habiller, lui apprendre à manger proprement, à ne pas croquer systématiquement tout ce qui passe à sa portée…
Mais on comprend peu à peu que, s’il est acquis qu’il y a quelque chose de pas forcément très sain dans le comportement de ces braves gens -notamment le patriarche, dirigeant d’une main de fer sa petite famille- on ne fait qu’en effleurer la surface !
La question qui se pose étant : finalement, où réside la vraie monstruosité?
A ce titre, il est à noter que l’interprétation tout en gestes et en grognements de Pollyanna McIntosh a de quoi vous flanquer des cauchemars.
(MAIS… Encore une fois, pourquoi est-elle épilée sous les bras, avec une frange bien droite, à la Kate Moss ? Oui, je suis chiant, mais mon côté bucheron ne peut pas accepter de tels écarts à la crédibilité !...)
 
"Approche, mon mignon… Sans les mains, j’te becte !"

L’ensemble se suit avec intérêt, eu égard au plaisir de retrouver un Lucky McKee en grande forme.
On pourra cependant déplorer une fin paroxystique comportant un twist un poil too much qui ébranle un peu la sensation de glissement progressif dans l’horreur que tout le film s’était donné tant de mal à mettre assez finement en place. 



NUIT GRINDHOUSE :
Hobo with a shotgun


Gros délire gonzo préformaté qui n’aurait jamais dû dépasser le stade de sa fausse bande-annonce* fun (qui a dit Machete ???) ou pur divertissement décomplexé, grindhouse dans l’âme?

Grindhouse jusqu’au bout de l’affiche

En tous cas, ce n’est rien de moins que le grand Rutger Hauer qui interprète une conviction fort réjouissante ce personnage de « hobo » (sans-abri) revanchard et paumé dans ce revenge flick totalement décomplexé et un poil foutraque, ce qui lui confère d’emblée une aura de respectabilité.
Il se retrouvera mêlé malgré lui (à cause, au final, d’une trop grande naïveté : tout ce qu’il veut, c’est économiser assez pour se payer une tondeuse à gazon et refaire sa vie !) à deux caïds hauts en couleur complètement fêlés de la carafe faisant régner la terreur sur une ville en proie au chaos (sorte de Los Angeles 2013 intemporel) pour avoir voulu défendre une jeune prostituée que l’un d’eux convoitait, déclenchant leur fureur.
Cette bande joyeusement débile n’hésite pas à aller à fond dans la gaudriole et l’humour absurdement noir (voir la caractérisation des méchants, au look rockabilly totalement improbable, jubiler devant un bus rempli d’enfants arrosés au lance-flammes !) tout en se voulant une (vraie ? fausse ?) dénonciation de la condition déplorable des sans-abris dans les grandes villes et une charge contre l’exclusion.
Dans tous les cas, malgré une mise en scène dynamique plutôt à l’arrache (faire du Grindhouse ne signifie pas faire n’importe quoi n’importe comment – qui a dit Planet Terror ???), la bonne humeur et le second degré assumé de l’ensemble emportent l’adhésion, pour peu qu’on ne soit pas partant pour une bonne tranche de gonzo fumante.
Et Rutger y met vraiment du sien, c’est tout à son honneur…
… Espérons qu’il lui en restera suffisamment sous la semelle pour faire de même chez Argento et son Dracula 3D après ça !

Supplice favori de ces joyeux tarés de Slick & Ivan : le bien nommé Glory Hole !







* initialement vainqueur du concours South by Southwest Grindhouse, la fausse BA éponyme, elle-même réalisée par Eisener figurait au milieu du dyptique de QT/RR, lors de son exploitation en salles canadiennes, aux côtés de Don’t, Thanksgiving ou Werewolf Women of the SS.


Tucker & Dale fightent le mal

Voilà un film qui, rien que de par le titre -et sa vilaine traduction française, discipline qui mériterait un topic haineux à elle tout seule- et une affiche à l’avenant (moche, quoi) ne m’inspiraient pas confiance : « Encore une fausse comédie horrifique de série B, insupportable de par tout ce qu’elle démontre de pénible en se moquant du genre, sans rien apporter de plus », bref : parodie et non pastiche. Scary movie et non Shaun of the Dead. Double Zéro et non OSS 117…
Voilà aussi, pour cette raison, ce qui fut probablement ma meilleure surprise de tout le festival.

Ce qui fait plaisir à la vision de cette gaudriole quasi sans temps mort, qui assume parfaitement son côté parodique en réussissant haut la main à être vraiment drôle sans être lourde, c’est sa véritable connaissance du genre et l’intelligence de l’usage qu’elle fait des codes qui le régissent (est un con).
Explications.
Ce film plante le décor dans ce que le slasher rural a de plus cliché et convenu (et ce n’est certainement pas Marcus Nispel et son remake aussi thuné qu’inutile de Vendredi 13 qui me contredira) et prend le parti, jusque-là inédit, de faire d’un attachant duo de ces bons gros bouseux hirsutes, ignares et alcooliques les véritables personnages centraux : les Tucker et Dale en question.

 Les Tucker & Dale en personnes. Et déjà dans la merde !
 
C’est au détour d’un shop local qu’ils vont croiser la bande de teenager friqués et têtes à claques de rigueur dans tout film du genre (à savoir des filles aussi cruches que canon, de jeunes blancs becs frimeurs insupportables, un quota afro/asiat/hispano/américains parfaitement respecté) sortie de leur gros 4x4 faire un dernier plein avant un WE de débauche au cœur de la forêt voisine.
Là, le timide et barbu Dale va avoir le malheur de s’éprendre d’un simple coup d’œil de l’une des donzelles, alors qu’il s’apprêtait également à partir en forêt retaper une vieille bicoque avec son fidèle comparse Tucker. S’ensuivra un discours désabusé sur leur condition de bouseux tout juste bons à effrayer et maltraiter les citadins qui les prennent pour des consanguins tout droit échappés de Délivrance
Or, nos deux bandes si dissemblables vont bien sûr être amenées à se recroiser en forêt et, naturellement, le jeu de massacre va bel et bien avoir lieu, malgré toute la bonne volonté de notre brave duo à salopettes et casquettes cradingues ! Chaque « meurtre », plus violent que le précédent, étant provoqué par un concours de circonstances absurdes et jouissives, faisant, du point de vue de leurs « victimes », de nos deux anti-héros les meurtriers sanguinaires et sadiques auxquels le cinoche d’horreur nous a tous habitués.

 Un peu de quota fesse, afin d’attirer un plus vaste lectorat…

 Ce film qui jusqu’alors pouvait paraître aussi bas-du-front que ses modèles (même image typée direct-to-video, si peu cinématographique) s’amuse alors à déconstruire et jouer avec brio sur les attentes et les clichés bien connus des amateurs de pop-corn qui colle aux dents, tout en employant les mêmes ficelles (même décors, même climax, jeu outrancier des acteurs, naïveté des sentiments… on navigue clairement en territoire connu).
Le summum étant atteint lors d’un hommage hilarant à Massacre à la Tronçonneuse, brillamment amené, devant une salle en délire.
Objectif atteint.
 
Norwegian Ninja (Kommandør Treholt & Ninjatroppen)

Quel dommage que Morphée ait eu raison de moi, malgré toute ma bonne volonté, ne me laissant entrevoir cette pure curiosité que par morceaux épars !

 
Ce film est basé sur un postulat complètement crazy : celui de relater la véritable histoire de Arne Treholt, ancien homme politique condamné pour trahison et espionnage pendant la Guerre Froide (jusque là à peu près, c’est vrai[http://en.wikipedia.org/wiki/Arne_Treholt]) qui aurait en fait été à la tête d’un commando secret de ninjas assassins norvégiens surentraînés !
Franchement, rien que pour le pitch…
Et ce joyeux docu-menteur d’y aller franco dans la reconstitution de la base d’entraînement secrète de cette unité d’élite de grands blonds en pyjamas sombres, les images arborant volontairement la patine désuète des reportages vidéos (ramenant à celles, authentiques, nous présentant le personnage de Treholt lors de son procès, en début de métrage), rappelant un peu celle de ces vieilles vidéos d’entreprise ringardes, allant jusqu’à singer le rythme constamment lent (qui en rebutera sans doute plus d’un) et le jeu peu concerné (volontaire, lui aussi ?) des protagonistes.
Les moments les plus jouissifs étant bien entendu les démonstrations des capacités surhumaines des ninjas en question, aidées par des trucages à l’ancienne, notamment la fameuse « Disparition Ninja » (comme quoi le clan des Foot n’a rien inventé !).

La Norvège. Ses blonds. Ses fjords. Ses ninjas…

Pour en savoir plus, demandez à quelqu’un présent cette nuit-là et qui avait plus de RedBull dans le sang que moi, ou attendez la sortie de ce pur OFNI de Festival, en mars prochain !
  


Viva la Muerte

Sélectionné par Jean-Pierre Mocky à l’occasion de sa Carte Blanche, ce dernier précisera clairement son point de vue vis-à-vis quelque peu réfractaire à toute forme de censure (dont il aura été victime quasiment tout au long de sa carrière cinématographique).
Et en effet, en matière de charge libertaire, de brûlot anticlérical et antifasciste, Viva la Muerte de Fernando Arrabal se pose là !
L’œuvre débute sur un générique à la musique entêtante composée de chants d’enfants -qui reviendra continuellement par la suite, tel un leitmotiv- le tout sur des détails d’une gravure étrange et dérangeante, où l’on reconnaît la patte inimitable de l’immense Roland Topor*.


Le film se passe sous le régime franquiste (dont le titre n’était autre qu’un cri de ralliement fasciste) et narre les introspections d’un jeune garçon, Fando, soumis d’une part à ce régime autoritaire ainsi qu’à une stricte éducation religieuse, et qui s’interroge sur la disparition de son père. On ne tardera pas à comprendre qu’il est mort, exécuté de la pire des façons car opposé au régime, après que sa propre femme l’eut trahi.
Des images et des musiques dérangeantes envahiront peu à peu le spectateur, visions oniriques du jeune Fando désorienté, en pleine appréhension de sa sexualité, mêlée à une relation d’amour/haine vis-à-vis de sa mère, à la beauté envoutante et vénéneuse. Ces séquences surréalistes iront crescendo en intensité, à l’image de la rage qui consume son jeune détenteur, jusqu’à matérialiser des scènes ultra violentes de mutilations, orgies et autres actes scatophiles. A l’image de ce curé, malmené par une foule en colère, qui s’exprimera ainsi : « Ah!... Mes couilles, comme elles sont savoureuses! Merci Seigneur pour ce divin mets. »


Quand on apprend que l’histoire de Fando est (partiellement) celle d’Arrabal jeune, on salue respectueusement.

* Il est à noter qu’avec la complicité de Roland Topor & Alejandro Jodorowsky, Arrabal est à l’origine du mouvement Panique, au début des années 60.


Meat

Dans le genre très codifié du thriller-fantastico-onirique-où-l’on-ne-nous-livre-pas-toutes-les-clés, on distingue 2 catégories de films : les réussites, sujets à de passionnantes analyses, que l’on se plait à remater pour se faire sa propre interprétation (ex : les films de David Lynch) et ceux, foirés, dont on se branle éperdument et où on ne fait que regarder sa montre.
Et bien disons que Meat fait partie du genre mais n’est pas un film de David Lynch…

Dans ce film néerlandais, on suit les poussives tribulations d’un boucher bedonnant et libidineux, qui va tenter par tous les moyens d’initier sa jeune et charmante apprentie à ses pratiques sexuelles sordides, sans se douter de qui il a affaire.
Ajoutez à cela un inspecteur de police, intéressé de près par le bonhomme jusqu’à l’obsession – j’avoue que je ne sais même plus pourquoi, qui se trouve être le sosie du boucher  (comprendre : le même acteur avec une perruque) : Ooooooh !... Bref.

"J’m’ennuie… J’me sens tout chose. J’m’ennuie… Je m’ankylose…" ©

Je ne prends pas particulièrement de plaisir à démonter un film, mais là, franchement… Les acteurs font ce qu’ils peuvent au milieu d’une succession de longs plans peu inspirés et d’une histoire sans rythme et qui ne mène, sans spoiler, mais alors vraiment pas bien loin.
Quant à la direction artistique, elle est tout simplement foireuse ; en gros, toute l’action se situe dans un grand hangar sous de sempiternelles lumières grisâtres, qu’on tente de nous faire passer pour une charcuterie.

Oui, les scènes de cul sont glauques (au milieu des carcasses de bêtes suspendues > Meat > pigé ?) et le scénar, nébuleux. C’est bien tout ce qu’il y a à se mettre sous la dent.
Si c’est votre truc…


Bullhead (Rundskop)

Alors là, LA claquasse.
Je vous le dis tout de go, sans couper les cheveux par 4 chemins.
Qu’est-ce qui pouvait bien destiner ce petit premier film (Chapeau !) belge -flamand ET wallon, la barrière de la langue ayant son importance dans le récit- à être ma révélation de ce festival ? (mais aussi LA révélation, le jury lui ayant fort logiquement remis le Prix Nouveau Genre – 2ème édition, après le sympathique Buried l’an dernier – coup de pouce non négligeable pour sa future carrière dans notre contrée… Encore que ?*)
A priori, pas grand-chose : ni film fantastique (mais pas conventionnel pour un sou), ni vraiment thriller ou polar, malgré le sujet (on croise un couple de petites frappes pathétiques et hauts en couleurs, qu’on croirait échappés d’un Guy Ritchie. Un Guy Ritchie de la bonne époque, bien sûr. Je vous parle d’un temps que les moins de… l’impayable accent belge en plus !), on retiendra au final un drame étonnamment poignant et surtout ultra maîtrisé.
L’histoire nous plonge dans le milieu méconnu de l’élevage bovin où s’opère des trafics d’hormones de croissance destinées aux bestiaux afin de leur faire gagner en rendement. Jacky Vanmarsenille, qui deviendra presque malgré lui le centre de l’histoire, éleveur à Limbourg et maillon de la chaine mafieuse taiseux et redouté, est accroc à ces hormones qu’il s’injecte à lui-même en même temps qu’à ses bœufs. Un évènement malheureux (à peine évoqué) avec les forces de l’ordre va mettre en danger la prospérité de cette affaire, et surtout, faire ressurgir des évènements du passé de Jacky.

 « Rundskop, et le bœuf est en toi ! »
(le maquettiste tenait absolument à ce que je place une légende ici…)

Le film oscille entre les différents protagonistes de cette affaire (les mafieux, patibulaires mais presque (© mon père), les flics désabusés, Jacky et sa famille, mais aussi son amour d’enfance arraché), laissant tranquillement se dessiner les tenants et aboutissants de l’intrigue.
Matthias Schoenaerts (qui incarnait déjà avec une grande justesse un jeune premier aux motivations troubles dans l’excellent Left Bank de Peter VanHees - autre révélation venu d’outre-quiévrain ayant eu droit à sa propre rétrospective au même endroit, 2 ans auparavant) est tout simplement ahurissant dans le rôle de Jacky. Être violent et (auto)destructeur, plus proche de ses bœufs que de quiconque, dépendant aux amphét’ pour compenser un handicap (que je tairai volontairement), il porte le film sur ses larges épaules bodybuildées. On ne peut qu’être touché, partager la détresse de cet être asocial, meurtri par un traumatisme enfantin, engoncé dans un corps trop massif qui parvient difficilement à contenir une rage sourde (voir ces phases d’introspection où il boxe, seul, dans le vide, dans la pénombre).
Bouleversant.

 (… pour le coup, je ne mettrai rien là)

 * Ne soyons pas bégueule, il bénéficie apparemment d’une sortie en salles (dois-je bien mettre un « s » à la fin?) le 22 février prochain, jour propice aux animaux de la ferme puisqu’il comptera le même jour les sorties du documentaire Bovines d’E. Gras et qd’une obscure histoire de canasson pendant la guerre de 14-18. Lequel l’emportera ?!


Hitcher

Honte à moi de n’avoir jusqu’alors jamais vu ce classique du film d’angoisse des années 80.
En revanche, quel pied d’avoir eu la chance de le découvrir sur grand écran, avec pelloche d’origine (avec les tâches d’usure et tout !), et en présence du grand, de l’immense Rutger Hauer –dans le cadre d’une soirée thématique lui étant accordée- qui s’est par la suite plié avec la plus grande amabilité à presque une heure de Q&A avec le public.
Et quel chef-d’œuvre, les enfants ! Disons-le franchement.

"Comme ça, vous allez aussi vers Brive-la-Gaillarde ? Bon ben, montez..."

L’histoire, vous la connaissiez comme moi déjà sans doute : un coin paumé des States, un ruban de bitume infini avec pas grand chose autour si ce n’est d’immenses plaines rocailleuses, un autostoppeur aussi tenace que maléfique, une traque sans fin.

Que ce soit l’implacable climat de tension qui s’en dégage, installé au détour de quelque plan choc ou en 2-3 répliques à peine, pour ne jamais faiblir par la suite -un véritable jeu du chat et de la souris avec nos nerfs- ou la construction diabolique de l’intrigue, orchestrée de telle manière qu’elle parvient à créer un sentiment de claustrophobie au sein de ces immenses étendues désertiques (un peu comme y était parvenu Spielberg avec Duel) et de réel danger pour les infortunées victimes du hitcher - et par leur intermédiaire, le spectateur (voir le funeste et surprenant destin d’un des personnages principaux, en cours de film, rarement ressenti à ce point dans un film), ce qui imprime durablement la rétine reste l’interprétation mémorable de Rutger Hauer en boogeyman moderne. Magnétique, animal, séduisant en diable, le film n’aurait jamais été le même sans son charisme délicieux et son regard perçant, qu’il prête
Motivations ambigües.
Car qui est réellement ce mystérieux auto-stoppeur, insatiable, invincible, quasi-omniscient ; un simple tueur errant ou est-il bien plus que cela ?...
On peut en effet aisément interpréter le film comme flirtant avec le fantastique, de nombreux symboles venant étayer ce propos (notamment quand le tueur dépose 2 pièces de monnaie, sur les yeux du héros, évoquant le mythe grec selon lequel elles constitueront le droit de passage du défunt auprès de Charon, l’aidant ainsi à franchir le Styx* pour le royaume des Morts).
 
 Le grand Rutger en plein séance de Q&A, assisté de Steph le traducteur officiel ;)
 
*questionné à ce sujet, Rutger prétendra avoir eu cette idée au dernier moment, lors du tournage, comme ça, parce qu’il trouvait l’idée cool…
On est légitimement en droit d’en douter !


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