mercredi 28 septembre 2011

The witcher & Assassins of kings

Jean Gabin disait : "il faut trois choses pour faire un bon film : une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire". Avec une telle recette et une touche de gameplay en plus : un très bon jeu de rôle PC émerge. Encore une pincée de magie, de talent et de direction artistique : c'est la formule de The Witcher (et de Mass Effect, nous y reviendrons un jour).

L'univers du Witcher est de type médiéval fantastique, créé par l'écrivain Polonais Andrzej Sapkowski. Il me semble que la totalité des romans et nouvelles de la saga du Sorceleur a été traduite en français et disponible dans toute bonne épicerie.

On y suit Geralt de Rivia, chasseur de monstres professionnel et soumis pour ce faire, dès l'enfance, à un entraînement physique et chimique (mutagènes) mortel pour la plupart des candidats. Une initiation à la magie donne aussi aux sorceleurs la maîtrise de sort de combat assez simple, formés par un Signe de la main (dominer l'esprit d'un ennemi ou le repousser, bouclier, feu). L'alchimie leur permet enfin d'absorber ce qui serait des poisons pour le commun des mortels mais améliorent leur capacités de combat, vision nocturne, régénération, etc.

Chasseurs de monstres mais mutants eux-mêmes, les sorceleurs sont à la fois nécessaire à la société et parias. Leur immunité aux maladies et leur stérilité, dans un monde qui maîtrise mal la contraception, en font aussi le point focal des regards noirs des maris jaloux. Souvent à juste titre...

Dans ce monde, l'humanité s'étend. Les elfes et les nains deviennent des minorités privées de leurs terres et de droits, souvent amers et rebelles.

Geralt, neutralité professionnelle oblige, s'intéresse peu à la politique mais se concentre sur sa lutte contre le mal. Mais le monde change, les monstres disparaissent sous la pression de la civilisation, et le mal se glisse maintenant davantage dans les détails de la gestion des royaumes que dans les forêts et marais.

Le livre, comme le jeu, fait passer le message adroitement : Geralt est et est considéré comme une relique du passé mais aussi une puissance guerrière qui peut déstabiliser les équilibres subtils du pouvoir.

Des livres de Sapkowski, je n'ai lu que le premier, recueil de nouvelles. Il en ressort beaucoup de noirceur et aussi d'humour fin, une façon de retourner les situations et les clichés auxquels s'attendent les lecteurs (et un style tout à fait correct pour de la Fantasy, souvent médiocre). Dans une reprise de la Belle et la Bête, la Bête, auparavant jeune homme laid, se satisfait bien de sa situation : les marchand locaux désargentés lui apportant leurs filles, consentantes, en espérant qu'elles soient couvertes d'or. L'adolescent y trouve son compte, les demoiselles échappent quelques mois, avec plaisir, aux règles de la société, les marchands renflouent leurs caisses, tout le monde est heureux. Le sorceleur vient une fois de plus perturber cet équilibre en levant la malédiction. La nouvelle se termine sur une note aigre-douce, où l'on voit que les pires monstres sont aussi capable de tendres sentiments.

Assez avec la présentation de l'univers, passons au jeu en tant que tel. Le 2 étant d'un point de vue scénaristique la continuation du 1, je ne ferai pas de distinctions claire entre les deux. Certains mécanismes de jeu sont un peu différents, notamment le fonctionnement des combats.

Le jeu commence par une cinématique parfaite reprennant la fin d'une des nouvelles, le combat entre Geralt eu une princesse devenue stryge. Une des plus belles cinématique d'intro qu'il m'ait été donné de voir depuis des années.

On retrouve ensuite Geralt, des années plus tard, fuyant blessé et apeuré un ennemi invisible. A l'issue de la saga romanesque, il semblerait que Geralt fut tué lors d'un pogrom. Sa résurrection et son amnésie sont donc un mystère.

Receuilli par d'autres sorceleurs, il assiste au vol de leurs secrets les mieux gardés par un assassin érudit et un mage au physique de guerrier qui parviennent à mettre cette élite de guerriers sous rude pression. S'ensuit une enquête pour retrouver les documents perdus et venger la mort d'un jeune apprenti sorceleur. Geralt, accompagnés parfois de divers amis (bien qu'on ne contrôle que le sorceleur), sera mêlé rapidement à des intrigues politiques qui le mèneront à servir, contre son gré, un roi. Ces jeux de pouvoir dégénereront en une tension telle entre royaumes que la fin du Witcher 2 laisse penser à une future guerre totale.

Geralt se trouvera au fil de ses voyages et enquêtes dans des milieux urbains décadents, des luttes de pouvoirs, des jalousies de villageois, des cultes anciens, des forteresses, des marais ou des plaines agricoles. Le sexe et l'amour sont présents, des thèmes comme le racisme, la ségrégation, l'éthique en matière de manipulation génétique , la lutte pour la dignité ou la liberté évoqués. Comparées aux villes, les "étendues sauvages" ont souvent un côté mystérieux et onirique (la clairière des druides à l'extrémité d'un marais putride). L'humour, parfois la bouffonerie et le désespoir coexistent. Les dialogues sont remarquablement écrits, vulgaires ou littéraires quand il faut ("volition" dans un jeu vidéo, vous voyez ça souvent?).

Les combats sont assez difficiles mais convoient parfaitement la puissance de Geralt. Entre les deux lames, les armes secondaires, les Signes et l'alchimie, le fun est au rendez-vous. L'évolution du personnage est sensible, avec la possibilité, grosso-modo, de se spécialiser en combat, magie ou alchimie.

Les choix du joueur lors des dialogues/situations ont un impact relativement limités dans le premier opus mais ont pour intérêt de ne pas être clairs. Pas de côté obscur et bons jedi ici, mais des teintes de gris, des entourloupes, des trahisons. Des décisions à prendre sans connaître tous les tenants et aboutissants. La recherche du moindre mal, qui est le titre d'une des nouvelles de Sapkowski. Dans le deuxième jeu, les choix mènent rapidement le scénario dans deux voies très différentes : le soutien aux humains et une ambiance de complots politiques ou le soutien aux non-humains (elfes et nains) pour un thème plus Fantasy et sombre. Les personnages sont charismatiques. Ci-dessous le leader elfe des rebelles, ainsi que Geralt derrière le roi qu'il sert et son maître espion/assassin.



D'un point de vue technique, ne jouez pas au premier opus sans acquérir l'"extended edition". Temps de chargement réduits (la plaie de l'édition de base), meilleure interface, certains personnages uniques mieux différenciés des simples passants (A gauche, l'un des 3-4 types de prostituées croisées dans le jeu, y compris le personnage important de Carmen, mieux différenciée, à droite, dans l'extended edition).
Conclusion : "il faut trois choses pour faire un bon jeu : du fun, du fun et du fun". Check, check et check. Un jeu riche, au monde cohérent, brassant des thèmes plus variés que dans la plupart des jeux vidéos. On lit souvent que The Witcher est "adulte" pour les côtés cul et gore. Ca, c'est du fun! Ce sont plutôt les choix qui sont "adultes" dans le sens où leurs conséquences ne sont pas aisées à deviner mais impactent fortement les évenements. Les deux jeux, notamment le premier, sont dignes d'entrer au Panthéon des jeux de rôle et ce pour un studio qui débute. Des ambiances différentes, des changements de rythme audacieux (le village du lac dans le 1). Du grand art. En plus, c'est très beau.

Seul point négatif, la plupart des autres jeux m'emmerdent maintenant. C'est comme lire du Moorcock après Ursula Le Guin (tiens, et pourquoi pas un futur article sur Terremer) ou un rouge qui tâche après un bon Bourgogne. Ca donne à réfléchir.

3 commentaires:

  1. La Pologne, ça vous cogne!
    Vivement l'achat d'un PC digne de les faire tourner...

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  2. Très bon article qui rend hommage aux 2 jeux !

    Petites précisions néanmoins :
    "la possibilité, grosso-modo, de se spécialiser en combat, magie ou alchimie" : à la fin du 1, tu as quand même réussi à quasiment tout développé, contrairement au 2e opus où tes choix ont plus d'importance (tu ne peux, finalement, développer qu'une branche et demi (sur les 4) de développer.

    "Ci-dessous le leader elfe des rebelles, ainsi que Geralt derrière le roi qu'il sert et son maître espion/assassin"
    Il manque l'elfe !

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  3. Ouais ben un elfe, c'est discret, c'est pas donné à tout le monde de le voir.

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